lundi 20 décembre 2010

Elles… pas les connaitre.

Mon secondaire (high school ou le lycée) se passe au Collège St-Lambert-Durocher.  Il y a des religieuses partout.  Elles sont fortes et elles sont malignes.  Surtout Sœur Laurette.  Elle est toujours là.  Tu es en classe, elle est là.  Tu vas à la salle de bain, elle est là pour compter les minutes que tu prends.  Tu marches dans le couloir et tes bas ne sont pas à la hauteur du genou, elle est là pour te les faire remonter.  Tu es dans l'auditorium assise confortablement, elle est là pour te rappeler qu'une jeune femme distinguée croise les jambes quand elle s'assoit.  Tu marches au 3e étage, tu descends rapidement au sous-sol pour aller finalement à la cafétéria, elle te salue au 3e, au sous-sol et à la cafétéria.  Vous voyez le topo!
Pourtant, je dois les remercier ces belles religieuses car elles m'ont apprises qu'être "Durocherienne" signifie qu'on peut tout faire dans la vie.  Elles nous apprennent l'indépendance et l'importance de se faire soi-même.  "Tu veux être quoi?  Une secrétaire?  Non, Dieu t'a donné le talent d'être autre chose comme être médecin, avocat, présidente d'une compagnie.  Pas secrétaire!!!"  Merci les filles.

Mais il y a une chose que les religieuses ont oublié de nous enseigner.  Les garçons.

Je m'explique.  La dernière fois que tu es en présence de garçons quotidiennement est au primaire.  Ils ont 12 ans, pas formés, avec une voix de soprano, n'aiment pas les filles et font des mauvais coups.  Tu fais un bond de 5 ans et te voilà au CÉGEP avec des jeunes hommes de 17-19 ans, tout bien formés, avec une voix grave, cruisent (séduisent) les filles (ou tout ce qui bouge portant une jupe) mais continuent de faire des mauvais coups.
(Je vous vois dire : "c'est impossible son truc, pas vu un garçon pendant 5 ans, j'y crois pas".  Oui, il y avait des garçons sur ma rue, plus jeunes que moi ou je ne leur parlais pas.  Oui, il y avait des filles à l'école qui avaient des amoureux mais ce sont des filles populaires.  Leurs amoureux attendaient sur le terrain de l'école et les religieuses appelaient la police pour les faire arrêter.  J'étais loin d'être la fille populaire.  Je faisais partie du groupe "autre".  Il y a les preps, populaires, black, futures conjointes de motards, riches, pauvres, nerds, aimant les New Kids On The Block, aimant la philosophie de Malcom X, pastorale et autre.  J'étais "autre".  Aucun gars ne s’approche d'une "autre").

Donc, on est un petit groupe de ce collège religieux à se retrouver désarmées (car on n'avait plus notre uniforme sexy) devant ces corps développés à souhait.  Quoi?  Je ne bave pas.  Ah!  Tu as raison, ça coule un peu.  C'est pénible.  À tous les jours, on les voit sans savoir comment les approcher.
Avec le temps, tu finis par en apprivoiser un ou deux.  Tu es un peu gauche au début mais tu t'habitues.  Mais pas pour tout le monde.

Il y a Ève et Coralie.  Elles sont proches, même trop proches.  Elles ont dans leur collimateur les joueurs de hockey de l'école.  Oui, ils sont jolis, c'est tout.  À tous les jours, elles les regardent sans cesse.  Elles n'arrêtent pas de parler d'eux comme si elles les connaissent car elles leur trouvent un petit nom pour chacun.  Elles ont même établi des règles pour toutes les filles respirant sur cette planète : 1. pas droit de les regarder, 2. pas le droit de leur parler, 3. pas le droit de s'intéresser à eux.  Elles n'ont jamais parlé à ses gars-là.
À chaque party, c'est la même chose.  Elles voient le gars en question (le gars change souvent), le regardent danser, s'approchent et dès qu'il se retourne, elles se sauvent dans la salle de bain où elles pourront parler intensément du regard du jeune homme posé sur elles et elles en pleurent.  INTENSE!
Pour en finir avec cette connerie, je vais voir le gars (saveur du mois) et je lui explique pleins de conneries (je bullshite quoi) pour qu'il vienne voir Ève et/ou Coralie (il y arrivait que les 2 "aiment » le même gars et là c'était la guerre).  Au moment où j'arrive avec le gars en question sur la piste de danse, elles ne sont plus là.  HONTE SUR MOI.   Des pleurs pendant des jours sur le fait qu'elles auraient pu lui parler mais le courage n'était pas au rendez-vous.  Ou nous sommes tous au Peel Pub, elles rencontrent un gars, l'embrassent et sortent du bar en pleurant car elles sont convaincues d'avoir trompé leur amoureux qui ne savent pas qu’elles existent.  Ma réputation est finie, je serai vieille fille toute ma vie.
Oui, il y a des bonnes raisons de croire que je serais vieille fille toute ma vie.  Il ne faut pas oublier que je faisais partie du groupe « autre » avec elles au secondaire et leurs comportements n’aident pas à améliorer mon sort.  Grâce à elles, nous avons toutes la réputation d’être instables, bizarres et mêmes dérangées.  Les garçons ne s’approchent pas de moi pour flirter car il y a toujours une des filles qui ose regarder le gars droit dans les yeux pour lui demander (lui menacer) : « Tu lui veux quoi justement?  Vas-t-en, elle mérite mieux que toi. » Certains deviennent mes amis pendant un petit laps de temps car elles s’organisent pour tout gâcher. Ève me dit : « J’ai parlé à ton ami qui là-bas.  Oui, L-P.  Il s’intéresse à toi.  Sors avec lui.  Oui, il me l’a dit ». Traduction (ce que le gars lui a vraiment dit) : « oui, elle est gentille, elle m’aide beaucoup en philo. »  Tu vas voir le jeune homme et c’est la fin.  Encore célibataire comme elles et c’est exactement ça qu’elles veulent.
« Je te vois souvent avec les filles bizarres là-bas, tu les connais bien? »  Quoi répondre à cette question?  « Qui?  Moi?  Non? »  Oh! Misère…   Déjà que je venais d’une école ayant la réputation de fabriquer des lesbiennes à la chaine, voilà que toutes mes chances d’avoir une vie sexuelle réelle s’envolent à tout jamais.  Les plans, les pleurs, les relations imaginaires…  PLUS CAPABLE!!!  Joual vert, il faut que ça change au plus vite.

Pourtant, ce n'est rien.  Elles décident de suivre la saveur du la semaine en auto.  Au début, c'est amusant.  Elles savent où il habite, son trajet, ses arrêts.  Tout ça est totalement innocent.  Innocent, oui jusqu'au jour où elles savent toutes les coordonnées et aller-venu du gars (n'oubliez pas que le gars change souvent).  Donc, si elles décident d'aller voir la maison du gars et si elles ne voient pas à la fenêtre, elles appellent chez lui.  Téléphone public pas le cellulaire pour ne pas laisser de trace.  "Oui, puis-je parler avec Untel?  Il est parti à son cours de tennis?  Avec son amie Mélanie?  Merci pour tout, pas de message".  Elles vont vérifier les dires de maman.  Elles reviennent à l'école en pleurant car il y a une possibilité que la Mélanie soit... (peu importe, le drame est déjà là).

Au bout de 2 ans, les gars présentent des signes d'écœurement.  Il y a un qui appelle la police car il se rend compte qu'il y a une voiture qui le suit jusqu'à chez-lui.  Une autre demande à tout le monde qui aurait pu lui laisser une lettre anonyme dans son casier.  Les filles ont l'étiquette de folles, malheureusement le restant du groupe aussi.
Heureusement, la solution magique me tombe du ciel.  Pour être sûre de ne plus être associée à "hell", je ne respecte plus les règles.  Lors d'un party, je vois John Tralala  (surnom donné par les folles car il ressemble à John Travolta).  Nous dansons ensemble et je l'embrasse une bonne partie de la soirée.  Ève ne veut plus me voir, me parler.  Je la trahie d'une manière horrible, la confiance est rompue à tout jamais.  Je sais, c'est dommage.  Je ne peux plus être dans le groupe pendant des semaines.  Je les vois tous les 2 pleurant dans les bras des autres à cause de nombreux baisers donnés à un joueur de hockey.  Vous dites dommage, je sais...

Au bout de quelques mois, elles me pardonnent mais ce n'est pas comme avant.  Elles ont continué pendant quelques années (même joual vert n’est pas assez fort !).  Je ne sais pas ce qu'elles font et c'est mieux comme ça.  Des fois, on me demande si je les connaissais.  J'aime répondre : "Qui? Non, pas vraiment".

5 commentaires:

  1. Ah, ton uniforme d'écolière sexy dont tu parles...Je ne crois pas avoir vu de photo de cet uniforme...
    :)

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  2. non, tu ne verras pas de photos avec la jupette car je portais seulement le pantalon. Déçu hein?

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  3. Harmelle, n'oublies le superbe bermuda porté en hiver avec des collants à fleurs ou bien à rayures :o)

    Je suis bien fière d'avoir fait partie des "autres" avec toi .... On s'en bien sorties :o)

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  4. le fameux bermuda affreux... Quelle tristesse! ;)

    Tu as raison Mélanie, on s'en sort pas mal :)

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  5. Ah oui Harmelle, j'ai connu une fille d'ami du paternel qui a fréquenté ce collège; elle m'a souvent parlé d'une soeur qui l'a jetée hors de la classe car elle avait chuchoté que dans la classe c'était le *Régime de la Terreur* ((référence à la Révolution Française)) hé hé !

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