lundi 14 février 2011

Pour la St-Valentin

Voici une petite histoire coquine qui fait sourire...

Dans quelques jours, c'est ma fête et j'espère que l'Homme m'offrira quelque chose de jolie qui me fera fondre d'amour.  Il est beau de rêver...   Car il m'appelle de son studio pour me dire (pour m'avouer pour être honnête avec vous) qu'il n'a aucune idée à propos de ma surprise.  Il me demande "conseils".
Un instant...  Cet Homme va me marier l'an prochain et il ne me connait pas assez pour savoir mes goûts?  Les filles, il faut choisir ses batailles donc je me résigne à ravaler mon orgueil (et c'est gros d'avaler tout ça) et je lui propose un jeu.
L'idée est la suivante : on se rencontre au centre commercial et je fais semblant que je suis la sœur jumelle de sa fiancée qui est là pour l'aider.  L'Homme est en accord avec cette idée et je le rejoins au point de rendez-vous.
Une fois arrivée, je décide de jouer le rôle de la jumelle qui veut prendre l'amoureux de sa sœur.  Alors je fais mon numéro de charme, je lui fais la bise près des lèvres, je lui fais des compliments, je lui dis que ma "sœur" a fait un bon choix mais le choix serait meilleur avec moi.  Vous voyez le topo.  On fait le tour des magasins et nous faisons la sélection de 3 choses que l'Homme choisira dans quelques jours.
Même si la mission est accomplie, je décide de continuer à jouer :
"Pourquoi tu m'embrasses pas?  Je ne dirai rien à ma sœur. Ça va rester dans la famille puisque je suis sa jumelle.  C'est comme l'embrasser elle mais sur mes lèvres.
-Quoi?  (oh! on continue de jouer)  Non, je ne peux pas faire ça, je marie ta sœur l'an prochain...  Et on magasine pour sa fête...
-Si tu dis rien, je dis rien, aussi simple que ça."

Là, je remarque un homme qui a son cellulaire accroché à son oreille et qui nous regarde avec un sourire en coin.  Joual vert, il décrit la scène à son ami sans vraiment de discrétion.  Il est temps de savoir si je suis une bonne comédienne.

"Écoute Homme, un simple baiser.  Tes lèvres sur les miennes et je ne dis rien à ma sœur jumelle.
-Non, je ne peux pas faire ça, dit-il tout en rougissant.
-Come on,  je dois tester la marchandise avant que tu deviennes son mari.  Chacun a droit à son jardin secret.
-Non, je ne peux pas.
-Tu en meurs d'envie, ça se voit dans ta face.  Laisse-toi aller.  Une fois faite, on en parle plus, plus jamais, promis."

Après des longues secondes de torture, l'Homme cède et pose ses lèvres sur les miennes.  Doucement mais passionnément.  Après ce merveilleux baiser, j'entends le monsieur au cellulaire dire ceci :
"Hé, le gros?  Tu devineras jamais.  Il l'a fait.  Pour vrai.  Avec la jumelle."

À ce moment précis, je croise son regard.  Il me regarde, gêné, rouge comme une tomate mais il sourit en voulant me dire "you go girl".

Je dis à l'Homme qui serait le temps de partir à la maison.  Intrigué, je lui réponds que je lui expliquerai le tout une fois rendu à la maison.

Coquine cette histoire, n'est-ce pas?  Je vous conseille fortement les jeux de rôle.  Cela peut être stimulant.

Quoi?  Le cadeau?  Très joli.

vendredi 28 janvier 2011

Deux fesses qui se connaissent...

Fesses, popotin, foufounes (oui les amis français, ce sont des fesses), cul, derrière, petits pains, gros steak …
Ce sont des mots qui désignent les 2 muscles qu’on utilise pour s’asseoir.  Car tel est sa première fonction : nous permettre de nous asseoir pendant une période donnée sans avoir mal.  Mais on n’y pense pas.  C’est naturel.  Bébé, tu t’assoies avec ta couche pleine et vieillard, tu te berces avec ta couche pleine.
Au cours des 35 ans de vie, ma relation avec mes fesses est…  Comment le dire?  Remplie de rebondissements.  La première fois où j’ai eu conscience de mes coussins est lors ma 4e année du primaire.  Je suis à la maison avec ma mère et elle me tresse les cheveux pour que je sois belle à l’école (ce qu’elle ne comprend pas est le fait que les petits amis vont me demander pourquoi j’ai toujours des tresses sur la tête).  Elle me révèle que mes fesses seront l’attrait des garçons quand je serai grande.  Une enfant de 10 ans a du mal à comprendre pourquoi que ce truc en bas de mon dos attirera tous les hommes de la planète. 
Le lendemain, cette affirmation me reste dans la tête.  Quand la récréation se termine, on doit se mettre en rang avant de rentrer dans la classe.  Ce que je fais mais je passe mon temps à essayer de regarder mon derrière.  Un ami et une amie de ma classe se demandent pourquoi je gigote ainsi.  Je lui explique ce que ma mère m’a dit.  Les 2 regardent attentivement mes fesses et eux non plus ne comprennent pas l’attrait pour ça.  Les adultes sont bizarres!
Je le sais maintenant que les fesses sont des attraits sexuels.  Je sais.  Mais je vis dans un monde de blanc où le popotin noir peut faire peur.  Je sais assez vite merci que ce truc est considéré gros ici mais minuscule en Afrique.  Dans mon cas, il n’y a pas de sortie de secours.
Si, seulement j’ai seulement cette histoire à raconter…   Je suis à l’Université de Montréal et je fais de la marche rapide depuis quelques années.  Oui la marche rapide avec le drôle de déhanchement.  Je revois une amie du secondaire (car on n’a pas fréquenté le même CÉGEP).  Elle me demande si je connais le grand noir dans ma classe de psychologie.  Je lui dis que oui et il s’appelle Franz.  Disons que cette amie s’appelle Dramatique.  Drame, pour les intimes, veut que je me renseigne sur lui.  Cela tombe bien car on doit aller ensemble à notre examen final.  Cet examen se fait à l’aréna de l’université.  Ceux et celles qui connaissent bien l’endroit savent que l’université est sur la montagne Mont-Royal.  Donc, Franz et moi se rejoignons au pavillon Jean-Brillant qui se situe en bas de la montagne.  Pour faire une histoire courte, Franz mesure beaucoup plus que 1m80 et moi, 1m68.  Il marche très vite, plus vite que moi et ces enjambées sont immenses.  J’ai du mal à le suivre mais je tiens bon et je lui pose tous les questions dont Drame veut les réponses.  Arrivée à l’aréna, on s’assoie tout sur des chaises en bois et j’ai déjà mal partout. 
Le lendemain est terrible car j’ai réussis à étirer au maximum mon muscle inférieur de ma fesse gauche (oui les fesses ont des muscles, exactement 3).  2 semaines à marcher avec un oreiller sur mon cul.  Tout est pénible : marcher, s’asseoir, courir, danser, se tenir debout, se coucher…   Vous voyez le topo.  Quoi?  Drame et Franz?  Cela n’a pas fonctionné, aucune affinité.  Grosse déception pour ce dernier car il croit que je fais tout ça pour lui et moi.  Pendant 2 semaines, toute ma famille rit de moi mais c’est une blessure sérieuse.  Parlez-en avec Bruni Surin, il s’y connaît en blessure fessier.  Le plus drôle est le fait que je me blesse  de nouveau 6 mois plus tard grâce à ma sœur (c’est une longue histoire).  C’est une blessure plus compliquée en hiver, croyez-moi.
Pour chasser le mauvais sort, je décide de faire un tatouage sur ma fesse gauche.  Oui, j’ai un tatouage et c’est une cible bleu-blanc-rouge.  Si vous voulez me faire chier, visez-là.  Depuis, plus de bobo.  Mais l’humiliation continue…

Ass, fessier, postérieur, siège, arrière-train, brioches, lunes,…

Cela se passe dans un bar de Montréal et je suis avec les membres du Studio 3265.  L’Homme (car mon mari s’appelle ainsi et il l’est avec un grand H) doit arriver un peu plus tard.  Je discute avec tout le monde et je passe un bon moment.  Tout d’un coup, on parle des fesses et du regard de l’homme envers ces petites brioches.  J’en discute avec Fon et avec Clamato.  Ils m’expliquent que les hommes ont un truc pour savoir si la fille a un cul proportionnel à eux.  Le truc est simple.  Tu prends tes 2 mains, tu croises les 2 pouces, tu replies les 3 doigts suivant et tu laisses le dernier intact.  Si les 2 fesses de la fille rentrent dans cet espace, cela veut dire qu’elle est bonne.  Sinon, oublie-la, elle a un gros CUL.
Ma curiosité fait en sorte de demander à Clamato de me montrer son truc sur moi.  Il le fait mais je vois bien son malaise.  Que voulez-vous?  Je ne me vois pas comme un être sexuel pour le sexe opposé.  La plupart de mes amis sont des hommes car avec les filles…  C’est compliqué. 
Donc…   Ah oui!  Clamato l’essaye sur moi.  J’essaie de me tourner mais je ne vois pas très bien mais je comprends l’ensemble du truc.  Il me dit que je rentre dans l’espace.  Je n’ai pas dit que Fon et Clamato sont très grands et ont des grandes mains.
Une fois arrivés à la maison, je monte le truc à l’Homme afin de savoir si je suis bien proportionnée pour lui.  Il essaie.  Silence.  Et encore silence.  Et là je comprends tout, j’en ai trop pour lui.  Mon petit petit grand cul de black (mon beau-frère le décrit ainsi) est immense pour lui.  Je suis vraiment mal barrée maintenant.  L’Homme me dit avec une voix faible qu’il y a 1 cm qui dépasse de chaque côté.  JOUAL VERT les gars, la revanche sera cruelle.
Quelques semaines plus tard, je les vois dans un bar avec les autres membres du studio.  Je leur demande gentiment de venir me voir.
-« Je vous remercie les gars.  Grâce à vous, je sais que mon cul est trop gros pour l’Homme.
-C’est impossible, disent-ils à l’unisson.
-Pourtant…  Il faut dire que vous avez des grandes mains.
-Il est où?  Il arrive, dit Clamato.
-Quoi?  Qu’est-ce qui se passe? dit l’Homme intrigué.
-Chéri, je leur explique que grâce à eux mon cul est gros pour les blancs.
Les 2 moineaux remontent à l’Homme le truc en disant que tu peux ajuster la grandeur par les pouces.  Il est même préférable de coller les bouts des pouces ensemble que les croiser.  Wow!  Avez-vous vu le tour de magie?  Ils ont l’art de sortir de la merde rapidement.  Je dirais même que c’est l’art de s’en sortir avant d’être dans la merde.  Je ne crois pas à leur explication mais d’un seul coup d’œil ils comprennent qu’ils ont la vie sauve.  Après tout, ils sont mes amis et je les aime.
Ma relation avec mes fesses s’améliore de jour en jour.  Je les trouve belles en vieillissant.  Il y a encore des moments de honte, surtout quand j’essaie des jeans dans les magasins où ils ne comprennent pas que ma taille ne correspond pas à la grosseur de mon postérieur.
(Oui, je parle de toi, vendeuse de Trois-Rivières qui est convaincue que le jeans « stretch » règle le problème.  Grâce à ton entêtement, tu n’as pas fait de vente cette journée-là.  La honte devant ma belle-mère, joual vert!)
Au fond, l’importance est le fait que je peux encore bouger ou « shake my bon bon » avec facilité.


Je dédie ce texte à mon ami Clamato.  Il est décédé mercredi le 26 janvier 2011.  Il combattait un virulent cancer.   Nous avons passé beaucoup de temps ensemble au cours des 8 dernières années.  Ce que nous aimions beaucoup était de nous raconter nos anecdotes humiliantes ou pas tout en mettant le plus de piments dedans.  Ce qui me manquera le plus est les moments où nous étions que tous les 2 et nous découvrions nos points en commun.  J’ai su lors d’un party à la maison qu’il trouvait ma sauce BBQ excellente au point qu’il disait qu’elle est la meilleure au monde.  Je n’ai jamais voulu donner ma recette secrète sauf s’il se mariait.  Alors, juste pour toi, je te donne l’ingrédient secret : rhum brun (le Barbancourt, bien sûr).  Au revoir Clamato!

mercredi 12 janvier 2011

A cheveux tirés

C'est le matin, je me lève.  Je regarde mon mari et je lui fais comprendre qu'aujourd'hui arrive le changement.  Il me regarde drôlement, il les touche longuement.  Il sait qu'il les voit pour la dernière choix, disons ainsi.  Ce symbole féminin associé à l'attirance sexuelle n'aura plus la même forme ni la même signification.  Il craint que je mette mon "sex apeal" de côté.  Pourtant, je lui explique depuis des jours que je veux revenir au naturel, d'être vrai, d'être moi.
C'est décidé, je me coupe les cheveux.  Ne soyez pas déçus.  This is a big deal.  Je coupe ma longue chevelure.  Je vais éliminer la fierté familiale, la source de ma beauté comme dirait ma mère.  Et je ne suis même pas nerveuse.  Excitée, oui, nerveuse, non.
J'ai toujours eu une relation amour-haine avec mes cheveux.  Ma crinière n'est pas comme les autres.  Je ne me compare pas seulement avec les "purs laines" du Québec mais aussi avec les autres haïtiennes de cette province.  J'ai le cheveu bouclé naturellement.  À vrai dire, j'ai 3 sortes de bouclettes sur ma tête : petites boucles de bébé, boucles normales et "Passe-Montagne a greffé ses cheveux sur ma tête".  Je n'ai jamais eu les cheveux crépus comme ma sœur.  Me peigner était facile pour ma mère et ils poussaient plus rapidement.  Ce qui serait acceptable si j'étais mulâtre mais ce n'est pas le cas.  100% pur black!
Le regard des autres est différent et même troublant la journée où je mets la "permanente" (crème défrisante) pour la première fois.  Mes cheveux sont longs, souples, voguent dans le vent.  Tout le monde veut toucher à ce miracle capillaire.  Quand il y a une fête haïtienne, on te présente toujours comme la fille d'Untel et d'Unetel.  Automatiquement, ces étrangers ont leur mains dans tes cheveux.  Ils regardent ma mère et posent pleins de questions sur le comment et le pourquoi de mes cheveux longs.  Et ils osent dire que je peux me faire passer pour une mulâtre si je le veux (en plus, j'ai le visage pâle).  Ce compliment rend heureux mes parents (surtout ma mère qui a passée des heures sur le cas de mes cheveux).   Je n'ai pas eu de nom propre pendant des années, j'étais celle avec les longs cheveux qu'on pouvait toucher librement sans contrainte.   Ça, c'est la réaction des adultes.  Celle des filles de mon âge...   Disons qu'on m'a demandé où j'achète mes cheveux, on m'a tiré ma crinière, on a refusé mon amitié car je fais trop "blanche",...   La plus grande conséquence est ma relation avec ma sœur.  Toute cette attention capillaire et cutanée (car je suis plus pâle qu'elle) nous a éloigné l'une de l'autre.  Elle était à l'aise de le groupe qui ne me trouvait pas "black enough" car elle se sentait comprise avec elles.
Et mes cheveux continuent à pousser.  "Il faut prendre soin de tes cheveux, sinon ils vont casser."  Phrase préférée de ma mère.  Oui, c'est de l'entretien.  Heureusement pour moi, je mets de la permanente à tous les 6 mois au lieu à tous les 3 ou 4 mois.  Évidemment, c'est la maternelle qui me mets cette crème capillaire car les coiffeurs(es) ne méritent pas ma confiance.  Ça coûte une fortune, une fortune.  En plus, ils trouvent toujours un moyen de se faire une piastre de plus avec toi.  Tes cheveux sont longs, 10$-25$ de plus.  Plus de permanente, 10$ (j'ai déjà payé un supplément au supplément car une partie de la crème s'est retrouvée par terre), un traitement, 10-15$.   Le prix du départ était de 35$ au téléphone, maintenant, c'est 80$ et plus.  On m'a déjà brûlé avec cette crème à plusieurs reprise (le front surtout) car mes cheveux sont fins.  Un coiffeur m'a même engueulé car j'en ai trop, trop long, trop fin sur la tête.  Il n'a pas eu son pourboire.
Donc, c'est ma mère qui a cette tâche de me mettre la permanente sur la tête.  J'achète seulement la marque pour enfants car j'ai le cheveu fin.  Ma mère a déjà essayée les marques pour adultes une fois, une seule fois car la moitié de mes cheveux se sont retrouvés dans le bain.  Sans blague!
Je vous entends dire : "Permanente pour enfants, on met ce produit nocif et dangereux dans les cheveux d'enfants".  Yep!!!  Et c'est toute une industrie.  Mais il faut comprendre la situation actuelle.  Je fais partie de la génération de parents immigrants.  À l'école primaire, il y a peu de filles noires.  La fameuse question sur le pourquoi de mes tresses a été posée à plusieurs reprises.  Pour les blancs, tout ça était nouveau ainsi que pour les parents noirs.  Ces derniers étaient dans un milieu où toutes les petites filles avaient des tresses avec des beaux rubans et des barrettes.  C'était la norme.  Pas au Québec.  Ma génération met cette crème dans les cheveux de leurs petites filles ainsi toute le monde a les cheveux raides.  C'est dommage.  À mes yeux, c'est un signe de paresse (moins de temps le matin pour brosser les cheveux lisses) et de perte d'identité.  On a fini par croire que le fait d'avoir les cheveux crépus est mal.  On croit que c'est laid.  On oublie ainsi une partie de notre culture, nos origines, notre beauté capillaire, notre originalité.  Nous sommes un peuple ayant des bouclettes sur la tête dans un monde de cheveux lisses.  Pourquoi ce ne serait pas un plus?

Donc, aujourd'hui, je me coupe les cheveux.  Il y a 6 mois, j'ai arrêté de mettre cette crème capillaire.  Le plan original était d'arrêter de mettre la permanente, faire un bébé (car les médecins déconseillent de mettre ce produit pendant la grossesse.  Oui le produit est puissant) et de me couper les cheveux par la suite.  Je m'explique.  J'ai toujours trouvé que les femmes sont belles enceintes avec les cheveux longs et je voulais démontrer à mon futur bébé qu'on peut vivre avec des bouclettes sans complexe.  C'était le but de départ mais malheureusement mon fils est mort avant terme.  Je trouve que mes cheveux longs n'ont plus leurs raisons de vivre.

Je suis sur la chaise de la coiffeuse.  Mon amie Yvette est avec moi pour me soutenir.  Je demande à la coiffeuse de faire 2 tresses (une pour ma mère car elle est convaincue que j'ai ses cheveux sur ma tête et une pour mon mari).  Ça y est, elle coupe la première tresse.  Rien.  Pas de larmes, pas de "quelle horreur, arrête tout".  Rien.  Elle coupe la 2e.  Encore rien.  Je ne sens pas encore la légèreté au niveau de la tête.  La coiffeuse continue à couper.  Je remarque qu'il y a une foule autour de moi.  La foule semble être troublée par mon geste.  Elle a fini.  J'ai la coupe de Rhianna.  Pas si mal.  J'aime bien.  C'est fait!  Je promets à la coiffeuse de ne pas donner son nom à ma mère.   Une fois dehors, je sens le vent dans mon cou pour la première fois depuis des siècles.  Je viens de tourner une nouvelle page.  

Bon...   Vous voulez les réactions de tout le monde.  De ma mère seulement?  Elle n'est pas seule sur terre.
Mon mari, qui est un visage pâle, trouve que je ressemble à une "punkette".  Oui, c'est un point positif.

Mon père apprécie sans rien plus, il trouve que je ressemble à ma mère plus jeune.
Ma sœur a les cheveux les plus longs de la famille.  Elle dit qu'elle aime ça mais c'est dur de discerner vraiment ce qu'elle pense.
Ma mère?  C'est 3 sujets de blogue minimum.  Elle me demande le nom de la coiffeuse!  Soyez sans crainte, elle ne le sait toujours pas.  Elle fait une crise comme seule une mère et femme haïtienne peut le faire.  J'essaye de lui faire comprendre les raisons de ma décision. Non, la vérité est que je répète toutes les raisons de ma décision car je l'avais préparé depuis des mois.  Quelques heures plus tard, on se retrouve tous dans une fête et ma mère s'est calmée quand les autres invités lui disent qu'ils adorent ma nouvelle coupe de cheveux (c'est typiquement haïtien que les parents vont croire les autres avant de croire ses propres enfants même si tout le monde dit la même chose).  Pourtant, quelques semaines plus tard, je me dispute violemment avec elle.  Une conjointe d'un de mes oncles dit que ma coupe est laide et que mes cheveux pousseront jamais.  Selon elle, je venais de perdre toute mon identité et ma beauté.  Ma très chère mère a trouvé le partenaire idéal pour faire passer son message.  Je suis bleue de rage.  Je lui dis : "Ça change quoi dans ta vie?  Rien.  Et voilà."  Un autre oncle répond : "Harmelle sera toujours belle peu importe sa coupe de cheveux."  Je remercie grandement mon oncle et je ne dis plus rien.  Maman me rappelle au téléphone et la dispute reprend de plus belle.  J'ai beau dire que la conjointe était déplacée dans ses propos, maman prend pour elle.  Au fond, elle n'écoute pas, elle ne fait que parler.  Tout y passe.  Je dépose le téléphone car elle risque de parler pendant longtemps et je fais autre chose.  Je crois qu'il y a une pause.  "Tu m'écoutes?"  Je réponds : "Oooooouuuuiiii!"  Je lui rappelle pourquoi je me suis coupée les cheveux plus tôt que prévu.  Pour cette raison seulement, elle aurait dû remettre la conjointe à sa place, pas mon oncle.  (L'argument que la beauté ne s'arrête pas aux cheveux n'a aucune valeur dans la culture haïtienne.  Ou seulement chez ma mère?).

Dernièrement, maman commence la discussion à propos de cheveux (car je les laisse seulement frisés maintenant).  Je lui rappelle que suite à la perte du bébé, les cheveux ont été coupés et que je ne voulais plus en parler.  Elle me répond avec un sourire :  "Je peux encore critiquer tes dents?
-Oui maman, tu peux critiquer mes dents. 
-Parce que là, je connais quelqu'un qui...