lundi 14 février 2011

Pour la St-Valentin

Voici une petite histoire coquine qui fait sourire...

Dans quelques jours, c'est ma fête et j'espère que l'Homme m'offrira quelque chose de jolie qui me fera fondre d'amour.  Il est beau de rêver...   Car il m'appelle de son studio pour me dire (pour m'avouer pour être honnête avec vous) qu'il n'a aucune idée à propos de ma surprise.  Il me demande "conseils".
Un instant...  Cet Homme va me marier l'an prochain et il ne me connait pas assez pour savoir mes goûts?  Les filles, il faut choisir ses batailles donc je me résigne à ravaler mon orgueil (et c'est gros d'avaler tout ça) et je lui propose un jeu.
L'idée est la suivante : on se rencontre au centre commercial et je fais semblant que je suis la sœur jumelle de sa fiancée qui est là pour l'aider.  L'Homme est en accord avec cette idée et je le rejoins au point de rendez-vous.
Une fois arrivée, je décide de jouer le rôle de la jumelle qui veut prendre l'amoureux de sa sœur.  Alors je fais mon numéro de charme, je lui fais la bise près des lèvres, je lui fais des compliments, je lui dis que ma "sœur" a fait un bon choix mais le choix serait meilleur avec moi.  Vous voyez le topo.  On fait le tour des magasins et nous faisons la sélection de 3 choses que l'Homme choisira dans quelques jours.
Même si la mission est accomplie, je décide de continuer à jouer :
"Pourquoi tu m'embrasses pas?  Je ne dirai rien à ma sœur. Ça va rester dans la famille puisque je suis sa jumelle.  C'est comme l'embrasser elle mais sur mes lèvres.
-Quoi?  (oh! on continue de jouer)  Non, je ne peux pas faire ça, je marie ta sœur l'an prochain...  Et on magasine pour sa fête...
-Si tu dis rien, je dis rien, aussi simple que ça."

Là, je remarque un homme qui a son cellulaire accroché à son oreille et qui nous regarde avec un sourire en coin.  Joual vert, il décrit la scène à son ami sans vraiment de discrétion.  Il est temps de savoir si je suis une bonne comédienne.

"Écoute Homme, un simple baiser.  Tes lèvres sur les miennes et je ne dis rien à ma sœur jumelle.
-Non, je ne peux pas faire ça, dit-il tout en rougissant.
-Come on,  je dois tester la marchandise avant que tu deviennes son mari.  Chacun a droit à son jardin secret.
-Non, je ne peux pas.
-Tu en meurs d'envie, ça se voit dans ta face.  Laisse-toi aller.  Une fois faite, on en parle plus, plus jamais, promis."

Après des longues secondes de torture, l'Homme cède et pose ses lèvres sur les miennes.  Doucement mais passionnément.  Après ce merveilleux baiser, j'entends le monsieur au cellulaire dire ceci :
"Hé, le gros?  Tu devineras jamais.  Il l'a fait.  Pour vrai.  Avec la jumelle."

À ce moment précis, je croise son regard.  Il me regarde, gêné, rouge comme une tomate mais il sourit en voulant me dire "you go girl".

Je dis à l'Homme qui serait le temps de partir à la maison.  Intrigué, je lui réponds que je lui expliquerai le tout une fois rendu à la maison.

Coquine cette histoire, n'est-ce pas?  Je vous conseille fortement les jeux de rôle.  Cela peut être stimulant.

Quoi?  Le cadeau?  Très joli.

vendredi 28 janvier 2011

Deux fesses qui se connaissent...

Fesses, popotin, foufounes (oui les amis français, ce sont des fesses), cul, derrière, petits pains, gros steak …
Ce sont des mots qui désignent les 2 muscles qu’on utilise pour s’asseoir.  Car tel est sa première fonction : nous permettre de nous asseoir pendant une période donnée sans avoir mal.  Mais on n’y pense pas.  C’est naturel.  Bébé, tu t’assoies avec ta couche pleine et vieillard, tu te berces avec ta couche pleine.
Au cours des 35 ans de vie, ma relation avec mes fesses est…  Comment le dire?  Remplie de rebondissements.  La première fois où j’ai eu conscience de mes coussins est lors ma 4e année du primaire.  Je suis à la maison avec ma mère et elle me tresse les cheveux pour que je sois belle à l’école (ce qu’elle ne comprend pas est le fait que les petits amis vont me demander pourquoi j’ai toujours des tresses sur la tête).  Elle me révèle que mes fesses seront l’attrait des garçons quand je serai grande.  Une enfant de 10 ans a du mal à comprendre pourquoi que ce truc en bas de mon dos attirera tous les hommes de la planète. 
Le lendemain, cette affirmation me reste dans la tête.  Quand la récréation se termine, on doit se mettre en rang avant de rentrer dans la classe.  Ce que je fais mais je passe mon temps à essayer de regarder mon derrière.  Un ami et une amie de ma classe se demandent pourquoi je gigote ainsi.  Je lui explique ce que ma mère m’a dit.  Les 2 regardent attentivement mes fesses et eux non plus ne comprennent pas l’attrait pour ça.  Les adultes sont bizarres!
Je le sais maintenant que les fesses sont des attraits sexuels.  Je sais.  Mais je vis dans un monde de blanc où le popotin noir peut faire peur.  Je sais assez vite merci que ce truc est considéré gros ici mais minuscule en Afrique.  Dans mon cas, il n’y a pas de sortie de secours.
Si, seulement j’ai seulement cette histoire à raconter…   Je suis à l’Université de Montréal et je fais de la marche rapide depuis quelques années.  Oui la marche rapide avec le drôle de déhanchement.  Je revois une amie du secondaire (car on n’a pas fréquenté le même CÉGEP).  Elle me demande si je connais le grand noir dans ma classe de psychologie.  Je lui dis que oui et il s’appelle Franz.  Disons que cette amie s’appelle Dramatique.  Drame, pour les intimes, veut que je me renseigne sur lui.  Cela tombe bien car on doit aller ensemble à notre examen final.  Cet examen se fait à l’aréna de l’université.  Ceux et celles qui connaissent bien l’endroit savent que l’université est sur la montagne Mont-Royal.  Donc, Franz et moi se rejoignons au pavillon Jean-Brillant qui se situe en bas de la montagne.  Pour faire une histoire courte, Franz mesure beaucoup plus que 1m80 et moi, 1m68.  Il marche très vite, plus vite que moi et ces enjambées sont immenses.  J’ai du mal à le suivre mais je tiens bon et je lui pose tous les questions dont Drame veut les réponses.  Arrivée à l’aréna, on s’assoie tout sur des chaises en bois et j’ai déjà mal partout. 
Le lendemain est terrible car j’ai réussis à étirer au maximum mon muscle inférieur de ma fesse gauche (oui les fesses ont des muscles, exactement 3).  2 semaines à marcher avec un oreiller sur mon cul.  Tout est pénible : marcher, s’asseoir, courir, danser, se tenir debout, se coucher…   Vous voyez le topo.  Quoi?  Drame et Franz?  Cela n’a pas fonctionné, aucune affinité.  Grosse déception pour ce dernier car il croit que je fais tout ça pour lui et moi.  Pendant 2 semaines, toute ma famille rit de moi mais c’est une blessure sérieuse.  Parlez-en avec Bruni Surin, il s’y connaît en blessure fessier.  Le plus drôle est le fait que je me blesse  de nouveau 6 mois plus tard grâce à ma sœur (c’est une longue histoire).  C’est une blessure plus compliquée en hiver, croyez-moi.
Pour chasser le mauvais sort, je décide de faire un tatouage sur ma fesse gauche.  Oui, j’ai un tatouage et c’est une cible bleu-blanc-rouge.  Si vous voulez me faire chier, visez-là.  Depuis, plus de bobo.  Mais l’humiliation continue…

Ass, fessier, postérieur, siège, arrière-train, brioches, lunes,…

Cela se passe dans un bar de Montréal et je suis avec les membres du Studio 3265.  L’Homme (car mon mari s’appelle ainsi et il l’est avec un grand H) doit arriver un peu plus tard.  Je discute avec tout le monde et je passe un bon moment.  Tout d’un coup, on parle des fesses et du regard de l’homme envers ces petites brioches.  J’en discute avec Fon et avec Clamato.  Ils m’expliquent que les hommes ont un truc pour savoir si la fille a un cul proportionnel à eux.  Le truc est simple.  Tu prends tes 2 mains, tu croises les 2 pouces, tu replies les 3 doigts suivant et tu laisses le dernier intact.  Si les 2 fesses de la fille rentrent dans cet espace, cela veut dire qu’elle est bonne.  Sinon, oublie-la, elle a un gros CUL.
Ma curiosité fait en sorte de demander à Clamato de me montrer son truc sur moi.  Il le fait mais je vois bien son malaise.  Que voulez-vous?  Je ne me vois pas comme un être sexuel pour le sexe opposé.  La plupart de mes amis sont des hommes car avec les filles…  C’est compliqué. 
Donc…   Ah oui!  Clamato l’essaye sur moi.  J’essaie de me tourner mais je ne vois pas très bien mais je comprends l’ensemble du truc.  Il me dit que je rentre dans l’espace.  Je n’ai pas dit que Fon et Clamato sont très grands et ont des grandes mains.
Une fois arrivés à la maison, je monte le truc à l’Homme afin de savoir si je suis bien proportionnée pour lui.  Il essaie.  Silence.  Et encore silence.  Et là je comprends tout, j’en ai trop pour lui.  Mon petit petit grand cul de black (mon beau-frère le décrit ainsi) est immense pour lui.  Je suis vraiment mal barrée maintenant.  L’Homme me dit avec une voix faible qu’il y a 1 cm qui dépasse de chaque côté.  JOUAL VERT les gars, la revanche sera cruelle.
Quelques semaines plus tard, je les vois dans un bar avec les autres membres du studio.  Je leur demande gentiment de venir me voir.
-« Je vous remercie les gars.  Grâce à vous, je sais que mon cul est trop gros pour l’Homme.
-C’est impossible, disent-ils à l’unisson.
-Pourtant…  Il faut dire que vous avez des grandes mains.
-Il est où?  Il arrive, dit Clamato.
-Quoi?  Qu’est-ce qui se passe? dit l’Homme intrigué.
-Chéri, je leur explique que grâce à eux mon cul est gros pour les blancs.
Les 2 moineaux remontent à l’Homme le truc en disant que tu peux ajuster la grandeur par les pouces.  Il est même préférable de coller les bouts des pouces ensemble que les croiser.  Wow!  Avez-vous vu le tour de magie?  Ils ont l’art de sortir de la merde rapidement.  Je dirais même que c’est l’art de s’en sortir avant d’être dans la merde.  Je ne crois pas à leur explication mais d’un seul coup d’œil ils comprennent qu’ils ont la vie sauve.  Après tout, ils sont mes amis et je les aime.
Ma relation avec mes fesses s’améliore de jour en jour.  Je les trouve belles en vieillissant.  Il y a encore des moments de honte, surtout quand j’essaie des jeans dans les magasins où ils ne comprennent pas que ma taille ne correspond pas à la grosseur de mon postérieur.
(Oui, je parle de toi, vendeuse de Trois-Rivières qui est convaincue que le jeans « stretch » règle le problème.  Grâce à ton entêtement, tu n’as pas fait de vente cette journée-là.  La honte devant ma belle-mère, joual vert!)
Au fond, l’importance est le fait que je peux encore bouger ou « shake my bon bon » avec facilité.


Je dédie ce texte à mon ami Clamato.  Il est décédé mercredi le 26 janvier 2011.  Il combattait un virulent cancer.   Nous avons passé beaucoup de temps ensemble au cours des 8 dernières années.  Ce que nous aimions beaucoup était de nous raconter nos anecdotes humiliantes ou pas tout en mettant le plus de piments dedans.  Ce qui me manquera le plus est les moments où nous étions que tous les 2 et nous découvrions nos points en commun.  J’ai su lors d’un party à la maison qu’il trouvait ma sauce BBQ excellente au point qu’il disait qu’elle est la meilleure au monde.  Je n’ai jamais voulu donner ma recette secrète sauf s’il se mariait.  Alors, juste pour toi, je te donne l’ingrédient secret : rhum brun (le Barbancourt, bien sûr).  Au revoir Clamato!

mercredi 12 janvier 2011

A cheveux tirés

C'est le matin, je me lève.  Je regarde mon mari et je lui fais comprendre qu'aujourd'hui arrive le changement.  Il me regarde drôlement, il les touche longuement.  Il sait qu'il les voit pour la dernière choix, disons ainsi.  Ce symbole féminin associé à l'attirance sexuelle n'aura plus la même forme ni la même signification.  Il craint que je mette mon "sex apeal" de côté.  Pourtant, je lui explique depuis des jours que je veux revenir au naturel, d'être vrai, d'être moi.
C'est décidé, je me coupe les cheveux.  Ne soyez pas déçus.  This is a big deal.  Je coupe ma longue chevelure.  Je vais éliminer la fierté familiale, la source de ma beauté comme dirait ma mère.  Et je ne suis même pas nerveuse.  Excitée, oui, nerveuse, non.
J'ai toujours eu une relation amour-haine avec mes cheveux.  Ma crinière n'est pas comme les autres.  Je ne me compare pas seulement avec les "purs laines" du Québec mais aussi avec les autres haïtiennes de cette province.  J'ai le cheveu bouclé naturellement.  À vrai dire, j'ai 3 sortes de bouclettes sur ma tête : petites boucles de bébé, boucles normales et "Passe-Montagne a greffé ses cheveux sur ma tête".  Je n'ai jamais eu les cheveux crépus comme ma sœur.  Me peigner était facile pour ma mère et ils poussaient plus rapidement.  Ce qui serait acceptable si j'étais mulâtre mais ce n'est pas le cas.  100% pur black!
Le regard des autres est différent et même troublant la journée où je mets la "permanente" (crème défrisante) pour la première fois.  Mes cheveux sont longs, souples, voguent dans le vent.  Tout le monde veut toucher à ce miracle capillaire.  Quand il y a une fête haïtienne, on te présente toujours comme la fille d'Untel et d'Unetel.  Automatiquement, ces étrangers ont leur mains dans tes cheveux.  Ils regardent ma mère et posent pleins de questions sur le comment et le pourquoi de mes cheveux longs.  Et ils osent dire que je peux me faire passer pour une mulâtre si je le veux (en plus, j'ai le visage pâle).  Ce compliment rend heureux mes parents (surtout ma mère qui a passée des heures sur le cas de mes cheveux).   Je n'ai pas eu de nom propre pendant des années, j'étais celle avec les longs cheveux qu'on pouvait toucher librement sans contrainte.   Ça, c'est la réaction des adultes.  Celle des filles de mon âge...   Disons qu'on m'a demandé où j'achète mes cheveux, on m'a tiré ma crinière, on a refusé mon amitié car je fais trop "blanche",...   La plus grande conséquence est ma relation avec ma sœur.  Toute cette attention capillaire et cutanée (car je suis plus pâle qu'elle) nous a éloigné l'une de l'autre.  Elle était à l'aise de le groupe qui ne me trouvait pas "black enough" car elle se sentait comprise avec elles.
Et mes cheveux continuent à pousser.  "Il faut prendre soin de tes cheveux, sinon ils vont casser."  Phrase préférée de ma mère.  Oui, c'est de l'entretien.  Heureusement pour moi, je mets de la permanente à tous les 6 mois au lieu à tous les 3 ou 4 mois.  Évidemment, c'est la maternelle qui me mets cette crème capillaire car les coiffeurs(es) ne méritent pas ma confiance.  Ça coûte une fortune, une fortune.  En plus, ils trouvent toujours un moyen de se faire une piastre de plus avec toi.  Tes cheveux sont longs, 10$-25$ de plus.  Plus de permanente, 10$ (j'ai déjà payé un supplément au supplément car une partie de la crème s'est retrouvée par terre), un traitement, 10-15$.   Le prix du départ était de 35$ au téléphone, maintenant, c'est 80$ et plus.  On m'a déjà brûlé avec cette crème à plusieurs reprise (le front surtout) car mes cheveux sont fins.  Un coiffeur m'a même engueulé car j'en ai trop, trop long, trop fin sur la tête.  Il n'a pas eu son pourboire.
Donc, c'est ma mère qui a cette tâche de me mettre la permanente sur la tête.  J'achète seulement la marque pour enfants car j'ai le cheveu fin.  Ma mère a déjà essayée les marques pour adultes une fois, une seule fois car la moitié de mes cheveux se sont retrouvés dans le bain.  Sans blague!
Je vous entends dire : "Permanente pour enfants, on met ce produit nocif et dangereux dans les cheveux d'enfants".  Yep!!!  Et c'est toute une industrie.  Mais il faut comprendre la situation actuelle.  Je fais partie de la génération de parents immigrants.  À l'école primaire, il y a peu de filles noires.  La fameuse question sur le pourquoi de mes tresses a été posée à plusieurs reprises.  Pour les blancs, tout ça était nouveau ainsi que pour les parents noirs.  Ces derniers étaient dans un milieu où toutes les petites filles avaient des tresses avec des beaux rubans et des barrettes.  C'était la norme.  Pas au Québec.  Ma génération met cette crème dans les cheveux de leurs petites filles ainsi toute le monde a les cheveux raides.  C'est dommage.  À mes yeux, c'est un signe de paresse (moins de temps le matin pour brosser les cheveux lisses) et de perte d'identité.  On a fini par croire que le fait d'avoir les cheveux crépus est mal.  On croit que c'est laid.  On oublie ainsi une partie de notre culture, nos origines, notre beauté capillaire, notre originalité.  Nous sommes un peuple ayant des bouclettes sur la tête dans un monde de cheveux lisses.  Pourquoi ce ne serait pas un plus?

Donc, aujourd'hui, je me coupe les cheveux.  Il y a 6 mois, j'ai arrêté de mettre cette crème capillaire.  Le plan original était d'arrêter de mettre la permanente, faire un bébé (car les médecins déconseillent de mettre ce produit pendant la grossesse.  Oui le produit est puissant) et de me couper les cheveux par la suite.  Je m'explique.  J'ai toujours trouvé que les femmes sont belles enceintes avec les cheveux longs et je voulais démontrer à mon futur bébé qu'on peut vivre avec des bouclettes sans complexe.  C'était le but de départ mais malheureusement mon fils est mort avant terme.  Je trouve que mes cheveux longs n'ont plus leurs raisons de vivre.

Je suis sur la chaise de la coiffeuse.  Mon amie Yvette est avec moi pour me soutenir.  Je demande à la coiffeuse de faire 2 tresses (une pour ma mère car elle est convaincue que j'ai ses cheveux sur ma tête et une pour mon mari).  Ça y est, elle coupe la première tresse.  Rien.  Pas de larmes, pas de "quelle horreur, arrête tout".  Rien.  Elle coupe la 2e.  Encore rien.  Je ne sens pas encore la légèreté au niveau de la tête.  La coiffeuse continue à couper.  Je remarque qu'il y a une foule autour de moi.  La foule semble être troublée par mon geste.  Elle a fini.  J'ai la coupe de Rhianna.  Pas si mal.  J'aime bien.  C'est fait!  Je promets à la coiffeuse de ne pas donner son nom à ma mère.   Une fois dehors, je sens le vent dans mon cou pour la première fois depuis des siècles.  Je viens de tourner une nouvelle page.  

Bon...   Vous voulez les réactions de tout le monde.  De ma mère seulement?  Elle n'est pas seule sur terre.
Mon mari, qui est un visage pâle, trouve que je ressemble à une "punkette".  Oui, c'est un point positif.

Mon père apprécie sans rien plus, il trouve que je ressemble à ma mère plus jeune.
Ma sœur a les cheveux les plus longs de la famille.  Elle dit qu'elle aime ça mais c'est dur de discerner vraiment ce qu'elle pense.
Ma mère?  C'est 3 sujets de blogue minimum.  Elle me demande le nom de la coiffeuse!  Soyez sans crainte, elle ne le sait toujours pas.  Elle fait une crise comme seule une mère et femme haïtienne peut le faire.  J'essaye de lui faire comprendre les raisons de ma décision. Non, la vérité est que je répète toutes les raisons de ma décision car je l'avais préparé depuis des mois.  Quelques heures plus tard, on se retrouve tous dans une fête et ma mère s'est calmée quand les autres invités lui disent qu'ils adorent ma nouvelle coupe de cheveux (c'est typiquement haïtien que les parents vont croire les autres avant de croire ses propres enfants même si tout le monde dit la même chose).  Pourtant, quelques semaines plus tard, je me dispute violemment avec elle.  Une conjointe d'un de mes oncles dit que ma coupe est laide et que mes cheveux pousseront jamais.  Selon elle, je venais de perdre toute mon identité et ma beauté.  Ma très chère mère a trouvé le partenaire idéal pour faire passer son message.  Je suis bleue de rage.  Je lui dis : "Ça change quoi dans ta vie?  Rien.  Et voilà."  Un autre oncle répond : "Harmelle sera toujours belle peu importe sa coupe de cheveux."  Je remercie grandement mon oncle et je ne dis plus rien.  Maman me rappelle au téléphone et la dispute reprend de plus belle.  J'ai beau dire que la conjointe était déplacée dans ses propos, maman prend pour elle.  Au fond, elle n'écoute pas, elle ne fait que parler.  Tout y passe.  Je dépose le téléphone car elle risque de parler pendant longtemps et je fais autre chose.  Je crois qu'il y a une pause.  "Tu m'écoutes?"  Je réponds : "Oooooouuuuiiii!"  Je lui rappelle pourquoi je me suis coupée les cheveux plus tôt que prévu.  Pour cette raison seulement, elle aurait dû remettre la conjointe à sa place, pas mon oncle.  (L'argument que la beauté ne s'arrête pas aux cheveux n'a aucune valeur dans la culture haïtienne.  Ou seulement chez ma mère?).

Dernièrement, maman commence la discussion à propos de cheveux (car je les laisse seulement frisés maintenant).  Je lui rappelle que suite à la perte du bébé, les cheveux ont été coupés et que je ne voulais plus en parler.  Elle me répond avec un sourire :  "Je peux encore critiquer tes dents?
-Oui maman, tu peux critiquer mes dents. 
-Parce que là, je connais quelqu'un qui...

mercredi 29 décembre 2010

Glacophobie

Ceux et celles qui me connaissent savent à quel point j'adore ma mère. Elle peut me tomber sur les nerfs comme personne mais je la considère qu'elle est la femme la plus forte au monde. Jamais au grand jamais j'aurais pu passer par toutes les épreuves qu'elle a eu. C'est la seule femme au monde qui a littéralement des couilles. Il n'y a rien à son épreuve. Rien. Sauf peut-être une chose, la glace.

Mise en situation : ma mère est née dans un pays beau et chaud appelé Haïti ou la "Perle des Antilles". L'hiver n'est qu'un concept pour elle. Un concept romantique et merveilleux. La seule fois où elle pouvait le voir était au cinéma. La neige, lorsqu'elle tombe, c'est féérique et magique. C'est comme dans le film "Love Story" (pas Loft Story) où Ali MacGraw mange de la neige posée sur les joues du beau Ryan O'Neal. Tout est parfait. Ils sont amoureux, s'amusent dans la neige, patinent et ils n'ont pas froid. Le froid... Concept si relatif. Tout ça semble si innocent.

Ma mère arrive à Montréal en octobre 1972. Elle trouve si jolies les feuilles de toutes les couleurs dans les arbres. Un peu froid, c'est tout. Après quelques mois, elle comprend que le froid et la neige sont associés pour l'éternité. C'est encore pas si mal. Tu apprends à t'habiller chaudement, te faire des repas chauds, la température avec des chiffres négatifs (quoi? la température descend en bas de zéro?). Un jour, elle glisse sur un truc qu'elle voyait seulement dans ses cocktails. L'eau glacée, ou la glace, n'a pas seulement la fonction de refroidir ton verre; elle est aussi un indicateur de température (zéro ou moins). Ce fameux jour où elle glisse sur la glace, sa vie change à tout jamais (et malheureusement, la mienne aussi). Ma mère déteste ce truc transparent, elle hait avec passion (quand la glace est par terre et non dans son verre).

Je sais, vous voulez savoir en quoi sa phobie a traumatisé ma vie. Joual vert, vous ne savez pas dans quoi vous vous embarquez.
Imaginez la scène, c'est l'hiver et il y a eu du verglas durant la nuit. Il est 6h15 le matin, je n'ai pas de cours à l'université ce matin. Je fais faire la grasse matinée mais très grasse.
Ma mère rentre dans ma chambre et tout commence :
Maman : Harmelle, comment me trouves-tu dans ces pantalons? Je parais bien ou pas?
Moi : (je n'ouvre pas les yeux) On s'en fout Maman, tu vas mettre un gros manteau. Personne verra tes fesses.
Maman : On sait jamais qui on rencontre. Toujours important de faire une bonne impression.
Moi : Tu vas prendre l'autobus. Personne s'intéresse à personne. Surtout avec les grands manteaux, tuques, bottes,...
Maman : T'as raison, je vais changer de pantalons.
2 minutes plus tard
Maman : Et puis?
Moi : On s'en fout!!! Laisse-moi dormir!!!
Maman : Je ne suis pas comme toi, je ne peux pas me promener dans les rues n'importe comment!!!
(Ce dialogue de sourd dure depuis mes 13 ans. C'est pénible et souffrant. Je vous comprends messieurs car il n'y a pas de réponses parfaits. Il est impossible de s'en sortir. Il y a toujours le risque de le payer très cher. Et ça, peu importe sa réponse. Le plus pénible est le fait que ma mère m'appelle pour savoir encore si ce qu'elle porte lui va bien même si je ne vois pas. Joual vert!!!).

Après 3 échanges de pantalons, de col-roulés et de foulards, ma mère se lance.
Maman : Vas t'habiller.
Moi : Pourquoi? Mon cours commence à 13h00.
Maman : Viens avec moi à l'arrêt de l'autobus.
Moi : Quoi? Il est 6h35 du matin, je veux dormir et je n'ai aucune raison de me lever.
Maman : Fais ça pour moi. Il y a de la glace par terre. Je ne vais pas travailler sinon.
Moi : Pourquoi moi? Demande à ton autre fille ou au vieux chnouk (mon père).
Maman : Après tout ce que j'ai fait pour toi. Je t'ai donné la vie et j'ai failli mourir pour ça et.... (à chaque fois que je ne veux pas faire quelque chose pour elle, elle me sort cette histoire vieille de 35 ans).

Alors, je m'habille et je sors dehors avec elle jusqu'à son arrêt de bus. Tout le long du chemin, elle me sert fort le bras, je peux sentir ses ongles dans ma peau malgré les épaisseurs de tissu. Elle sourit mais je vois dans ses yeux qu'elle est effrayée. Elle regarde par terre pour être sûre de mettre ses pieds au bon endroit.

On arrive enfin!!! Je reste avec elle jusqu'à l'arrivée de l'autobus. Ce geste lui permet de se calmer. Je lui dis que je l'aime et qu'il y a eu plus de peur que de mal. Elle rentre dans l'autobus et elle fait "bye-bye" de la main. J'espère qu'elle sera capable de marcher entre sa descente d'autobus et son lieu de travail.

Nous avons fait ce petit manège des centaines de fois. Je sais qu'une phobie ne s'explique pas. C'est là et ça reste longtemps. Pourtant, ma mère m'a toujours appris que la peur est là pour mieux avancer ou te paralyser. C'est à nous de choisir si on veut avancer ou rester sur place. C'est pour cette raison que je prends souvent les ascenseurs malgré ma peur. Ma mère m'a apprise à être forte dans la vie et pour ça, je la remercie.


P.S. Je suis allée chez ma mère il y a quelques jours. Elle devait faire une petite visite chez sa mère à elle. Comme son auto n'était pas déneigée, je lui ai proposé de l'emmener chez ma mammy. Comme son entrée était remplie de glace et qu'elle n'avait plus de sel, je savais qu'une préparation était nécessaire. Mon mari et moi avons donné chacun un bras pour que ma mère s'accroche bien. Ça rassurait ma mère et j'ai fini par voir dans son regard que tout les fois où je suis sortie dehors avec elle dans le froid était un signe de confiance. Pourquoi? Car elle sait que je ne la laisserai jamais tomber (peu importe le sens).

lundi 20 décembre 2010

Elles… pas les connaitre.

Mon secondaire (high school ou le lycée) se passe au Collège St-Lambert-Durocher.  Il y a des religieuses partout.  Elles sont fortes et elles sont malignes.  Surtout Sœur Laurette.  Elle est toujours là.  Tu es en classe, elle est là.  Tu vas à la salle de bain, elle est là pour compter les minutes que tu prends.  Tu marches dans le couloir et tes bas ne sont pas à la hauteur du genou, elle est là pour te les faire remonter.  Tu es dans l'auditorium assise confortablement, elle est là pour te rappeler qu'une jeune femme distinguée croise les jambes quand elle s'assoit.  Tu marches au 3e étage, tu descends rapidement au sous-sol pour aller finalement à la cafétéria, elle te salue au 3e, au sous-sol et à la cafétéria.  Vous voyez le topo!
Pourtant, je dois les remercier ces belles religieuses car elles m'ont apprises qu'être "Durocherienne" signifie qu'on peut tout faire dans la vie.  Elles nous apprennent l'indépendance et l'importance de se faire soi-même.  "Tu veux être quoi?  Une secrétaire?  Non, Dieu t'a donné le talent d'être autre chose comme être médecin, avocat, présidente d'une compagnie.  Pas secrétaire!!!"  Merci les filles.

Mais il y a une chose que les religieuses ont oublié de nous enseigner.  Les garçons.

Je m'explique.  La dernière fois que tu es en présence de garçons quotidiennement est au primaire.  Ils ont 12 ans, pas formés, avec une voix de soprano, n'aiment pas les filles et font des mauvais coups.  Tu fais un bond de 5 ans et te voilà au CÉGEP avec des jeunes hommes de 17-19 ans, tout bien formés, avec une voix grave, cruisent (séduisent) les filles (ou tout ce qui bouge portant une jupe) mais continuent de faire des mauvais coups.
(Je vous vois dire : "c'est impossible son truc, pas vu un garçon pendant 5 ans, j'y crois pas".  Oui, il y avait des garçons sur ma rue, plus jeunes que moi ou je ne leur parlais pas.  Oui, il y avait des filles à l'école qui avaient des amoureux mais ce sont des filles populaires.  Leurs amoureux attendaient sur le terrain de l'école et les religieuses appelaient la police pour les faire arrêter.  J'étais loin d'être la fille populaire.  Je faisais partie du groupe "autre".  Il y a les preps, populaires, black, futures conjointes de motards, riches, pauvres, nerds, aimant les New Kids On The Block, aimant la philosophie de Malcom X, pastorale et autre.  J'étais "autre".  Aucun gars ne s’approche d'une "autre").

Donc, on est un petit groupe de ce collège religieux à se retrouver désarmées (car on n'avait plus notre uniforme sexy) devant ces corps développés à souhait.  Quoi?  Je ne bave pas.  Ah!  Tu as raison, ça coule un peu.  C'est pénible.  À tous les jours, on les voit sans savoir comment les approcher.
Avec le temps, tu finis par en apprivoiser un ou deux.  Tu es un peu gauche au début mais tu t'habitues.  Mais pas pour tout le monde.

Il y a Ève et Coralie.  Elles sont proches, même trop proches.  Elles ont dans leur collimateur les joueurs de hockey de l'école.  Oui, ils sont jolis, c'est tout.  À tous les jours, elles les regardent sans cesse.  Elles n'arrêtent pas de parler d'eux comme si elles les connaissent car elles leur trouvent un petit nom pour chacun.  Elles ont même établi des règles pour toutes les filles respirant sur cette planète : 1. pas droit de les regarder, 2. pas le droit de leur parler, 3. pas le droit de s'intéresser à eux.  Elles n'ont jamais parlé à ses gars-là.
À chaque party, c'est la même chose.  Elles voient le gars en question (le gars change souvent), le regardent danser, s'approchent et dès qu'il se retourne, elles se sauvent dans la salle de bain où elles pourront parler intensément du regard du jeune homme posé sur elles et elles en pleurent.  INTENSE!
Pour en finir avec cette connerie, je vais voir le gars (saveur du mois) et je lui explique pleins de conneries (je bullshite quoi) pour qu'il vienne voir Ève et/ou Coralie (il y arrivait que les 2 "aiment » le même gars et là c'était la guerre).  Au moment où j'arrive avec le gars en question sur la piste de danse, elles ne sont plus là.  HONTE SUR MOI.   Des pleurs pendant des jours sur le fait qu'elles auraient pu lui parler mais le courage n'était pas au rendez-vous.  Ou nous sommes tous au Peel Pub, elles rencontrent un gars, l'embrassent et sortent du bar en pleurant car elles sont convaincues d'avoir trompé leur amoureux qui ne savent pas qu’elles existent.  Ma réputation est finie, je serai vieille fille toute ma vie.
Oui, il y a des bonnes raisons de croire que je serais vieille fille toute ma vie.  Il ne faut pas oublier que je faisais partie du groupe « autre » avec elles au secondaire et leurs comportements n’aident pas à améliorer mon sort.  Grâce à elles, nous avons toutes la réputation d’être instables, bizarres et mêmes dérangées.  Les garçons ne s’approchent pas de moi pour flirter car il y a toujours une des filles qui ose regarder le gars droit dans les yeux pour lui demander (lui menacer) : « Tu lui veux quoi justement?  Vas-t-en, elle mérite mieux que toi. » Certains deviennent mes amis pendant un petit laps de temps car elles s’organisent pour tout gâcher. Ève me dit : « J’ai parlé à ton ami qui là-bas.  Oui, L-P.  Il s’intéresse à toi.  Sors avec lui.  Oui, il me l’a dit ». Traduction (ce que le gars lui a vraiment dit) : « oui, elle est gentille, elle m’aide beaucoup en philo. »  Tu vas voir le jeune homme et c’est la fin.  Encore célibataire comme elles et c’est exactement ça qu’elles veulent.
« Je te vois souvent avec les filles bizarres là-bas, tu les connais bien? »  Quoi répondre à cette question?  « Qui?  Moi?  Non? »  Oh! Misère…   Déjà que je venais d’une école ayant la réputation de fabriquer des lesbiennes à la chaine, voilà que toutes mes chances d’avoir une vie sexuelle réelle s’envolent à tout jamais.  Les plans, les pleurs, les relations imaginaires…  PLUS CAPABLE!!!  Joual vert, il faut que ça change au plus vite.

Pourtant, ce n'est rien.  Elles décident de suivre la saveur du la semaine en auto.  Au début, c'est amusant.  Elles savent où il habite, son trajet, ses arrêts.  Tout ça est totalement innocent.  Innocent, oui jusqu'au jour où elles savent toutes les coordonnées et aller-venu du gars (n'oubliez pas que le gars change souvent).  Donc, si elles décident d'aller voir la maison du gars et si elles ne voient pas à la fenêtre, elles appellent chez lui.  Téléphone public pas le cellulaire pour ne pas laisser de trace.  "Oui, puis-je parler avec Untel?  Il est parti à son cours de tennis?  Avec son amie Mélanie?  Merci pour tout, pas de message".  Elles vont vérifier les dires de maman.  Elles reviennent à l'école en pleurant car il y a une possibilité que la Mélanie soit... (peu importe, le drame est déjà là).

Au bout de 2 ans, les gars présentent des signes d'écœurement.  Il y a un qui appelle la police car il se rend compte qu'il y a une voiture qui le suit jusqu'à chez-lui.  Une autre demande à tout le monde qui aurait pu lui laisser une lettre anonyme dans son casier.  Les filles ont l'étiquette de folles, malheureusement le restant du groupe aussi.
Heureusement, la solution magique me tombe du ciel.  Pour être sûre de ne plus être associée à "hell", je ne respecte plus les règles.  Lors d'un party, je vois John Tralala  (surnom donné par les folles car il ressemble à John Travolta).  Nous dansons ensemble et je l'embrasse une bonne partie de la soirée.  Ève ne veut plus me voir, me parler.  Je la trahie d'une manière horrible, la confiance est rompue à tout jamais.  Je sais, c'est dommage.  Je ne peux plus être dans le groupe pendant des semaines.  Je les vois tous les 2 pleurant dans les bras des autres à cause de nombreux baisers donnés à un joueur de hockey.  Vous dites dommage, je sais...

Au bout de quelques mois, elles me pardonnent mais ce n'est pas comme avant.  Elles ont continué pendant quelques années (même joual vert n’est pas assez fort !).  Je ne sais pas ce qu'elles font et c'est mieux comme ça.  Des fois, on me demande si je les connaissais.  J'aime répondre : "Qui? Non, pas vraiment".

samedi 18 décembre 2010

Mon premier "oui"?!?

Nous sommes en 1997, j'étudie en sociologie.  C'est ma première session.  Je me fais des amis.  Plusieurs font parties de l'association du département de socio.  Je passe beaucoup de temps au café-étudiants.  La bière Boréale se vend seulement 1$.  Dois-je aller plus loin dans les explications?
Au bout de quelques semaines, j'y rencontre Michel (pas Tonton Michel).  Il est fraichement arrivé du Rwanda.  Il a 30 ans et fraichement défroqué (jésuite depuis l'âge de 18 ans).  Il est un peu gauche, il s'adapte comme il peut au pays, à la ville, à l'université.  Mais c'est un homme qui a du vécu, qui a une histoire.  On sent qu'il respire encore le génocide vécu dans son pays.  On voit très bien toutes les cicatrices dans ses yeux.  Pourtant, son âme brille et s'émerveille devant notre assurance qui n'a pas été endommagée par la stupidité humaine.  Nous avons vite compris qu'un ancien jésuite et l'alcool ne font pas un beau mélange. Quelques filles du département nous ont dit que Michel n'était plus aussi doux d'approche quand il buvait.

Enfin, le printemps arrive.  Michel nous annonce à tous qu'il va se marier cet été et qu'il a lui même préparé tout le nécessaire pour sa future épouse.  Le rêve pour toute nouvelle mariée.  Il est bien connu que la première chose reprochée par ces futures mariées est le manque d'intérêt du futur marié.
Donc, Michel va se marier dans quelques mois.  On le félicite, on est heureux pour lui.  Il nous explique qu'il est coutume de faire des mariages arrangés dans son pays.  Il a accepté de faire cela car il est difficile pour lui de prendre contact avec les femmes qui vient de rencontrer.  Alors, on lui pose des millions de questions sur tout le processus de mariage : la demande, les préparatifs, le déroulement, tout quoi.  Il nous répond à toutes nos questions sauf une : "Comment s'appelle ta fiancée?"  Michel ne veut pas répondre.  Je lui dis qu'il peut nous dire son prénom puisqu'on ne l'a connait pas.  Refus total.  Intriguant!

Quelques heures plus tard, Andy (lui, c'est une longue histoire pathétique) et moi voyons Michel seul au café.  Nous voulons vraiment savoir qui est sa fiancée.  On lui repose la question sans cesse, vraiment sans cesse: "C'est qui?  C'est qui?  C'est qui"  Vous voyez le topo.  Au bout de 30 minutes, il me regarde et il dit : "C'est toi!"  La blague n'est pas drôle mais je souris.  Je lui réponds : "C'est ton droit de ne pas nous dire le nom de ta fiancée mais on est juste curieux.
-C'est vraiment toi
-O.k. je vais arrêter de t'emmerder avec ça mais sommes-nous tous invités au mariage?
-Oui, tout le monde est invité.
-Dis-nous quand et on sera là.
-Vous êtes vraiment gentils avec moi."
Je suis restée sur ma faim.  Peut-être qu'elle n'est pas présentable?  Peut-être il ne connait pas son nom?

Mes cours sont terminés pour la journée.  Je retourne au café, tout le monde est là, même Michel.  Un jeune homme lui repose la question sur l'identité de sa fiancée.
"Mais je l'ai dit.
-Moi? dis-je sur un ton inquiet.
-Oui, toi.  Je ne rigolais pas toute à l'heure.  Je vais me marier avec toi l'été prochain.
-Michel, il faut qu'on se parle.  Maintenant!"

Avec toute la gentillesse du monde, je lui explique que ce mariage n'est pas possible.  Je vois 2 points d'interrogation dans ses yeux noirs.  Donc, je lui dis doucement comme à un enfant : "Michel, est-ce qu'on a eu un rendez-vous ensemble?
-Non.
-Une sortie quelconque?
-Non.
-M'as-tu demandé en mariage?
-Non.
-Tu vois, ce n'est pas possible.  Tu ne m'intéresses pas comme ça et, si tu m'avais demandé de t'épouser, j'aurais refusé.  (Il faut dire que je pense à ma mère qui m'aurait tuée sur place, ce aurait été une bonne chose).
-Mais on a les mêmes croyances, tu es jolie, intelligente, noire, tu veux des enfants.  C'est toi qu'il me faut.
-Je suis touchée, vraiment.  Mais...  non.  Tu comprends?  Amis?  Bon,..."

Michel n'a plus reparlé de ce "mariage" pour le restant de la session.  On a continué à se parler.  On fait même nos travaux informatiques ensemble.  Il appelle à la maison (ce qui fait paniquer ma mère car elle n'aime pas son ton de voix; elle demande de faire attention avec cet homme).  Tout va bien quoi.

La session se termine, c'est enfin l'été.  Je retourne à l'université car je n'ai pas encore l'internet à la maison. Qui vois-je au loin?  Michel.  Il semble être en forme.  Il me salue.  Il me remercie car nos travaux d'informatique lui a permis d'avoir une belle note.  Je lui demande ses projets pour l'été et il me dit : "La communauté rwandaise de Montréal m'organise un mariage arrangé.  Je me marie dans 3 semaines.
-Félicitation, dis-je avec un sourire.
-Disons qu'ils étaient découragés de mes derniers préparatifs que j'ai dû annuler.
-Mais pourquoi?
-PARCE QUE TU AS REFUSÉ DE ME MARIER!!!  J'ai dû tout annuler, mais tout.  La communauté n'a pas voulu prendre de chance cette fois-ci.
(Il y a une partie de mon cerveau qui me dit que je devrais fuir, partir, prendre la clé des champs, faire un sprint, de quitter les lieux, me sauver, disparaitre à tout jamais, aller au loin et ne plus revenir, sacrer mon camps quoi.)
-Mais je t'ai tout expliqué Michel, dis-je avec gentillesse (un jour, je vais comprendre que la gentillesse ne résous pas tout.  Un jour car je n'ai pas encore compris.  Mais un jour.)
-Tu peux changer d'idée si tu veux.
(à ce moment, j'ai eu peur.  Pas avant, mais à ce moment précis)
-Merci mais non (joual vert, un jour je vais comprendre).  Je dois aller à la salle d'info (je suis sûre que je suis blême, même pâlotte).  On se revoit bientôt.
-Passe un bel été.

Bizarrement, je marche plus rapidement que d'habitude.  Mais non, je cours.  Bizarre, non?


Je n'ai jamais revu Michel.  Jamais. 



À la nouvelle session, je ne suis plus dans le département, plus dans la même université, ni dans la même ville.

vendredi 17 décembre 2010

Il ne faut pas voler de l'eau bénite!

Faites-vous encore des sorties avec vos parents?  Je veux dire par là des sorties pendant un après-midi à faire les choses ennuyantes (pour pas dire "plates") pour faire plaisir à votre mère ou à votre père.  Ça m'arrive encore...
Une des plus mémorables est ma dernière visite à l'Oratoire St-Joseph il y a 9 ans.  Nous avions l'habitude d'y aller mais avec les membres de la famille venant d'ailleurs.  Je n'ai rien contre l'Oratoire mais quand tu l'as vu une fois tu sais à quoi va ressembler ta 75e visite.
Bon, je suis à l'Oratoire avec ma mère dans la grande Chapelle.  Il y a une messe, donc on chuchote.  Je la vois fouiller dans son sac-à-main ( qui a 2 fois sa largeur) et elle sort des petits flacons.  Vous connaissez ce genre de flacon.  Bien oui...  Les mêmes qu'utilisent les pharmaciens.  Mais vide, sans pilules et sans papier.  Donc, elle les sort et m'en donne quelques-uns.  Je lui demande poliment et en chuchotant : "Pour quoi faire?"  Elle me regarde (et je déteste ce regard de mauvais coup) et elle dit : "c'est pour prendre de l'eau bénite".  Oui, je le sais, on peut en acheter mais pas pour ma mère.  Elle est prête à tout pour économiser des sous et en plus, l'eau est là gratuitement. 
Je refuse d'y aller!
Elle y va et elle remplis 3 flacons.
La honte!
Je surveille si quelqu'un l'a vu.  Tout le monde est concentré sur les paroles du prêtre.
Elle revient, fière de son mauvais coup, sourire aux lèvres.
La honte, encore!
"C'est à ton tour.
-Euh...  pour faire ça?  Comme toi!"
Et elle me lance ce regard maternel qui veut tout dire.  Vous savez, le regard qui tue!
Donc, j'y vais.  Je regarde le plancher.  Je m'approche du lieu du crime avec mes petits flacons.  Et, BANG!

(J'ai oublié de vous dire que ma très chère mère est un petit format, vraiment petit.  Vous connaissez l'expression "dans les petits pots, les meilleurs onguents", c'est ma mère.  Petite, haïtienne, elle a en dedans, elle ne comprend pas la signification de "non" quand tu le dis mais elle le dit souvent et tu es mieux de comprendre ce mot rapidement.  Merci pour vos messages de sympathies.) 

BANG! 
Au dessus de l'eau bénite, il y avait une pancarte métallique.  Comme ma mère est petite, elle n'avait pas remarqué ce panneau qui réclamait le silence.  Ma tête contre le métal a fait un bruit qui a résonné dans toute la chapelle.  J'ai dit un beau JOUAL VERT dans ma tête.  J'ai mis de l'eau sur mon front pour diversion et j'ai rempli les autres flacons pour ma...   mère.  J'ai remis tout ça à ma mère et j'ai exigé notre départ.  Nous sommes repartis; moi, honteuse avec mon bleu sur le front et ma mère, fière d'avoir pris de l'eau.

Croyez-vous vraiment que l'histoire s'arrête là?  Vous êtes encore pur.  C'est magnifique, mais pas pour longtemps.

Nous partons rejoindre mon amoureux de l'époque (tellement d'histoire à raconter avec cet homme) qui habite à quelques pas de la Cathédrale Notre-Dame.  Nous sommes tous les 3 au coin de la rue, je refuse de rentrer dans cette église car, assez c'est assez et j'ai faim.  Nous mangeons dans un petit bristo sur la rue Notre-Dame.  Malgré mon pruneau, tout va bien.  ERREUR! 
Nous voyons au loin notre ami Tonton Michel (un québécois né à Paris d'origine russe, vous avez compris).  Il vient manger avec nous.  Grande gueule et curieux, il demande à ma mère de raconter sa journée.  Par ma grande surprise, elle raconte tout.  Tout.  Même l'origine de mon pruneau.  Il a osé rire de ma mère.  Michel a peur de rien. 
La honte!  Je sens déjà la souffrance que je vais ressentir lors de mon retour à la maison.  Pitié!!!

Michel demande à ma mère les preuves à conviction.  Ma mère qui a honte de rien sort tous les flacons.  Mais il y a quelque chose qui cloche...   Rien dans les flacons.  RIEN.  Prise de panique, je demande à ma mère de retirer tout son contenu dans son sac.  Tout ses effets personnels sont sur la table du resto.  Tout est sec.  TOUT.  Aucun signe d'humidité nulle part.  On se regarde tous avec des yeux remplis de point d'interrogation. 
Ma mère remet tout son contenu dans son énorme sac.  Michel la regarde comme père autoritaire regarde sa fille et dit :"Vous êtes punie d'avoir volé l'eau bénite.  Dieu l'a récupérée."  Et il part à rire.
Ma mère décide de repartir à la maison.  Je la comprends.  Je l'embrasse et je lui demande d'être prudente et de tuer personne.  L'amoureux la salue.  Elle dit "au revoir"  à Michel qui lui répond : "je comprends que vous partez.  On va les laisser "baiser" tranquille".  Il rajoute son rire démoniaque.

HONTE SUR MOI!

Je reste avec l'amoureux.  J'ai la honte, un pruneau sur le front et je n'ai laissé personne me toucher.

Joual vert.

P.S. En passant, ma mère ne vole plus de cette eau depuis ce jour, elle l'achète....   au galon.