mercredi 29 décembre 2010

Glacophobie

Ceux et celles qui me connaissent savent à quel point j'adore ma mère. Elle peut me tomber sur les nerfs comme personne mais je la considère qu'elle est la femme la plus forte au monde. Jamais au grand jamais j'aurais pu passer par toutes les épreuves qu'elle a eu. C'est la seule femme au monde qui a littéralement des couilles. Il n'y a rien à son épreuve. Rien. Sauf peut-être une chose, la glace.

Mise en situation : ma mère est née dans un pays beau et chaud appelé Haïti ou la "Perle des Antilles". L'hiver n'est qu'un concept pour elle. Un concept romantique et merveilleux. La seule fois où elle pouvait le voir était au cinéma. La neige, lorsqu'elle tombe, c'est féérique et magique. C'est comme dans le film "Love Story" (pas Loft Story) où Ali MacGraw mange de la neige posée sur les joues du beau Ryan O'Neal. Tout est parfait. Ils sont amoureux, s'amusent dans la neige, patinent et ils n'ont pas froid. Le froid... Concept si relatif. Tout ça semble si innocent.

Ma mère arrive à Montréal en octobre 1972. Elle trouve si jolies les feuilles de toutes les couleurs dans les arbres. Un peu froid, c'est tout. Après quelques mois, elle comprend que le froid et la neige sont associés pour l'éternité. C'est encore pas si mal. Tu apprends à t'habiller chaudement, te faire des repas chauds, la température avec des chiffres négatifs (quoi? la température descend en bas de zéro?). Un jour, elle glisse sur un truc qu'elle voyait seulement dans ses cocktails. L'eau glacée, ou la glace, n'a pas seulement la fonction de refroidir ton verre; elle est aussi un indicateur de température (zéro ou moins). Ce fameux jour où elle glisse sur la glace, sa vie change à tout jamais (et malheureusement, la mienne aussi). Ma mère déteste ce truc transparent, elle hait avec passion (quand la glace est par terre et non dans son verre).

Je sais, vous voulez savoir en quoi sa phobie a traumatisé ma vie. Joual vert, vous ne savez pas dans quoi vous vous embarquez.
Imaginez la scène, c'est l'hiver et il y a eu du verglas durant la nuit. Il est 6h15 le matin, je n'ai pas de cours à l'université ce matin. Je fais faire la grasse matinée mais très grasse.
Ma mère rentre dans ma chambre et tout commence :
Maman : Harmelle, comment me trouves-tu dans ces pantalons? Je parais bien ou pas?
Moi : (je n'ouvre pas les yeux) On s'en fout Maman, tu vas mettre un gros manteau. Personne verra tes fesses.
Maman : On sait jamais qui on rencontre. Toujours important de faire une bonne impression.
Moi : Tu vas prendre l'autobus. Personne s'intéresse à personne. Surtout avec les grands manteaux, tuques, bottes,...
Maman : T'as raison, je vais changer de pantalons.
2 minutes plus tard
Maman : Et puis?
Moi : On s'en fout!!! Laisse-moi dormir!!!
Maman : Je ne suis pas comme toi, je ne peux pas me promener dans les rues n'importe comment!!!
(Ce dialogue de sourd dure depuis mes 13 ans. C'est pénible et souffrant. Je vous comprends messieurs car il n'y a pas de réponses parfaits. Il est impossible de s'en sortir. Il y a toujours le risque de le payer très cher. Et ça, peu importe sa réponse. Le plus pénible est le fait que ma mère m'appelle pour savoir encore si ce qu'elle porte lui va bien même si je ne vois pas. Joual vert!!!).

Après 3 échanges de pantalons, de col-roulés et de foulards, ma mère se lance.
Maman : Vas t'habiller.
Moi : Pourquoi? Mon cours commence à 13h00.
Maman : Viens avec moi à l'arrêt de l'autobus.
Moi : Quoi? Il est 6h35 du matin, je veux dormir et je n'ai aucune raison de me lever.
Maman : Fais ça pour moi. Il y a de la glace par terre. Je ne vais pas travailler sinon.
Moi : Pourquoi moi? Demande à ton autre fille ou au vieux chnouk (mon père).
Maman : Après tout ce que j'ai fait pour toi. Je t'ai donné la vie et j'ai failli mourir pour ça et.... (à chaque fois que je ne veux pas faire quelque chose pour elle, elle me sort cette histoire vieille de 35 ans).

Alors, je m'habille et je sors dehors avec elle jusqu'à son arrêt de bus. Tout le long du chemin, elle me sert fort le bras, je peux sentir ses ongles dans ma peau malgré les épaisseurs de tissu. Elle sourit mais je vois dans ses yeux qu'elle est effrayée. Elle regarde par terre pour être sûre de mettre ses pieds au bon endroit.

On arrive enfin!!! Je reste avec elle jusqu'à l'arrivée de l'autobus. Ce geste lui permet de se calmer. Je lui dis que je l'aime et qu'il y a eu plus de peur que de mal. Elle rentre dans l'autobus et elle fait "bye-bye" de la main. J'espère qu'elle sera capable de marcher entre sa descente d'autobus et son lieu de travail.

Nous avons fait ce petit manège des centaines de fois. Je sais qu'une phobie ne s'explique pas. C'est là et ça reste longtemps. Pourtant, ma mère m'a toujours appris que la peur est là pour mieux avancer ou te paralyser. C'est à nous de choisir si on veut avancer ou rester sur place. C'est pour cette raison que je prends souvent les ascenseurs malgré ma peur. Ma mère m'a apprise à être forte dans la vie et pour ça, je la remercie.


P.S. Je suis allée chez ma mère il y a quelques jours. Elle devait faire une petite visite chez sa mère à elle. Comme son auto n'était pas déneigée, je lui ai proposé de l'emmener chez ma mammy. Comme son entrée était remplie de glace et qu'elle n'avait plus de sel, je savais qu'une préparation était nécessaire. Mon mari et moi avons donné chacun un bras pour que ma mère s'accroche bien. Ça rassurait ma mère et j'ai fini par voir dans son regard que tout les fois où je suis sortie dehors avec elle dans le froid était un signe de confiance. Pourquoi? Car elle sait que je ne la laisserai jamais tomber (peu importe le sens).

lundi 20 décembre 2010

Elles… pas les connaitre.

Mon secondaire (high school ou le lycée) se passe au Collège St-Lambert-Durocher.  Il y a des religieuses partout.  Elles sont fortes et elles sont malignes.  Surtout Sœur Laurette.  Elle est toujours là.  Tu es en classe, elle est là.  Tu vas à la salle de bain, elle est là pour compter les minutes que tu prends.  Tu marches dans le couloir et tes bas ne sont pas à la hauteur du genou, elle est là pour te les faire remonter.  Tu es dans l'auditorium assise confortablement, elle est là pour te rappeler qu'une jeune femme distinguée croise les jambes quand elle s'assoit.  Tu marches au 3e étage, tu descends rapidement au sous-sol pour aller finalement à la cafétéria, elle te salue au 3e, au sous-sol et à la cafétéria.  Vous voyez le topo!
Pourtant, je dois les remercier ces belles religieuses car elles m'ont apprises qu'être "Durocherienne" signifie qu'on peut tout faire dans la vie.  Elles nous apprennent l'indépendance et l'importance de se faire soi-même.  "Tu veux être quoi?  Une secrétaire?  Non, Dieu t'a donné le talent d'être autre chose comme être médecin, avocat, présidente d'une compagnie.  Pas secrétaire!!!"  Merci les filles.

Mais il y a une chose que les religieuses ont oublié de nous enseigner.  Les garçons.

Je m'explique.  La dernière fois que tu es en présence de garçons quotidiennement est au primaire.  Ils ont 12 ans, pas formés, avec une voix de soprano, n'aiment pas les filles et font des mauvais coups.  Tu fais un bond de 5 ans et te voilà au CÉGEP avec des jeunes hommes de 17-19 ans, tout bien formés, avec une voix grave, cruisent (séduisent) les filles (ou tout ce qui bouge portant une jupe) mais continuent de faire des mauvais coups.
(Je vous vois dire : "c'est impossible son truc, pas vu un garçon pendant 5 ans, j'y crois pas".  Oui, il y avait des garçons sur ma rue, plus jeunes que moi ou je ne leur parlais pas.  Oui, il y avait des filles à l'école qui avaient des amoureux mais ce sont des filles populaires.  Leurs amoureux attendaient sur le terrain de l'école et les religieuses appelaient la police pour les faire arrêter.  J'étais loin d'être la fille populaire.  Je faisais partie du groupe "autre".  Il y a les preps, populaires, black, futures conjointes de motards, riches, pauvres, nerds, aimant les New Kids On The Block, aimant la philosophie de Malcom X, pastorale et autre.  J'étais "autre".  Aucun gars ne s’approche d'une "autre").

Donc, on est un petit groupe de ce collège religieux à se retrouver désarmées (car on n'avait plus notre uniforme sexy) devant ces corps développés à souhait.  Quoi?  Je ne bave pas.  Ah!  Tu as raison, ça coule un peu.  C'est pénible.  À tous les jours, on les voit sans savoir comment les approcher.
Avec le temps, tu finis par en apprivoiser un ou deux.  Tu es un peu gauche au début mais tu t'habitues.  Mais pas pour tout le monde.

Il y a Ève et Coralie.  Elles sont proches, même trop proches.  Elles ont dans leur collimateur les joueurs de hockey de l'école.  Oui, ils sont jolis, c'est tout.  À tous les jours, elles les regardent sans cesse.  Elles n'arrêtent pas de parler d'eux comme si elles les connaissent car elles leur trouvent un petit nom pour chacun.  Elles ont même établi des règles pour toutes les filles respirant sur cette planète : 1. pas droit de les regarder, 2. pas le droit de leur parler, 3. pas le droit de s'intéresser à eux.  Elles n'ont jamais parlé à ses gars-là.
À chaque party, c'est la même chose.  Elles voient le gars en question (le gars change souvent), le regardent danser, s'approchent et dès qu'il se retourne, elles se sauvent dans la salle de bain où elles pourront parler intensément du regard du jeune homme posé sur elles et elles en pleurent.  INTENSE!
Pour en finir avec cette connerie, je vais voir le gars (saveur du mois) et je lui explique pleins de conneries (je bullshite quoi) pour qu'il vienne voir Ève et/ou Coralie (il y arrivait que les 2 "aiment » le même gars et là c'était la guerre).  Au moment où j'arrive avec le gars en question sur la piste de danse, elles ne sont plus là.  HONTE SUR MOI.   Des pleurs pendant des jours sur le fait qu'elles auraient pu lui parler mais le courage n'était pas au rendez-vous.  Ou nous sommes tous au Peel Pub, elles rencontrent un gars, l'embrassent et sortent du bar en pleurant car elles sont convaincues d'avoir trompé leur amoureux qui ne savent pas qu’elles existent.  Ma réputation est finie, je serai vieille fille toute ma vie.
Oui, il y a des bonnes raisons de croire que je serais vieille fille toute ma vie.  Il ne faut pas oublier que je faisais partie du groupe « autre » avec elles au secondaire et leurs comportements n’aident pas à améliorer mon sort.  Grâce à elles, nous avons toutes la réputation d’être instables, bizarres et mêmes dérangées.  Les garçons ne s’approchent pas de moi pour flirter car il y a toujours une des filles qui ose regarder le gars droit dans les yeux pour lui demander (lui menacer) : « Tu lui veux quoi justement?  Vas-t-en, elle mérite mieux que toi. » Certains deviennent mes amis pendant un petit laps de temps car elles s’organisent pour tout gâcher. Ève me dit : « J’ai parlé à ton ami qui là-bas.  Oui, L-P.  Il s’intéresse à toi.  Sors avec lui.  Oui, il me l’a dit ». Traduction (ce que le gars lui a vraiment dit) : « oui, elle est gentille, elle m’aide beaucoup en philo. »  Tu vas voir le jeune homme et c’est la fin.  Encore célibataire comme elles et c’est exactement ça qu’elles veulent.
« Je te vois souvent avec les filles bizarres là-bas, tu les connais bien? »  Quoi répondre à cette question?  « Qui?  Moi?  Non? »  Oh! Misère…   Déjà que je venais d’une école ayant la réputation de fabriquer des lesbiennes à la chaine, voilà que toutes mes chances d’avoir une vie sexuelle réelle s’envolent à tout jamais.  Les plans, les pleurs, les relations imaginaires…  PLUS CAPABLE!!!  Joual vert, il faut que ça change au plus vite.

Pourtant, ce n'est rien.  Elles décident de suivre la saveur du la semaine en auto.  Au début, c'est amusant.  Elles savent où il habite, son trajet, ses arrêts.  Tout ça est totalement innocent.  Innocent, oui jusqu'au jour où elles savent toutes les coordonnées et aller-venu du gars (n'oubliez pas que le gars change souvent).  Donc, si elles décident d'aller voir la maison du gars et si elles ne voient pas à la fenêtre, elles appellent chez lui.  Téléphone public pas le cellulaire pour ne pas laisser de trace.  "Oui, puis-je parler avec Untel?  Il est parti à son cours de tennis?  Avec son amie Mélanie?  Merci pour tout, pas de message".  Elles vont vérifier les dires de maman.  Elles reviennent à l'école en pleurant car il y a une possibilité que la Mélanie soit... (peu importe, le drame est déjà là).

Au bout de 2 ans, les gars présentent des signes d'écœurement.  Il y a un qui appelle la police car il se rend compte qu'il y a une voiture qui le suit jusqu'à chez-lui.  Une autre demande à tout le monde qui aurait pu lui laisser une lettre anonyme dans son casier.  Les filles ont l'étiquette de folles, malheureusement le restant du groupe aussi.
Heureusement, la solution magique me tombe du ciel.  Pour être sûre de ne plus être associée à "hell", je ne respecte plus les règles.  Lors d'un party, je vois John Tralala  (surnom donné par les folles car il ressemble à John Travolta).  Nous dansons ensemble et je l'embrasse une bonne partie de la soirée.  Ève ne veut plus me voir, me parler.  Je la trahie d'une manière horrible, la confiance est rompue à tout jamais.  Je sais, c'est dommage.  Je ne peux plus être dans le groupe pendant des semaines.  Je les vois tous les 2 pleurant dans les bras des autres à cause de nombreux baisers donnés à un joueur de hockey.  Vous dites dommage, je sais...

Au bout de quelques mois, elles me pardonnent mais ce n'est pas comme avant.  Elles ont continué pendant quelques années (même joual vert n’est pas assez fort !).  Je ne sais pas ce qu'elles font et c'est mieux comme ça.  Des fois, on me demande si je les connaissais.  J'aime répondre : "Qui? Non, pas vraiment".

samedi 18 décembre 2010

Mon premier "oui"?!?

Nous sommes en 1997, j'étudie en sociologie.  C'est ma première session.  Je me fais des amis.  Plusieurs font parties de l'association du département de socio.  Je passe beaucoup de temps au café-étudiants.  La bière Boréale se vend seulement 1$.  Dois-je aller plus loin dans les explications?
Au bout de quelques semaines, j'y rencontre Michel (pas Tonton Michel).  Il est fraichement arrivé du Rwanda.  Il a 30 ans et fraichement défroqué (jésuite depuis l'âge de 18 ans).  Il est un peu gauche, il s'adapte comme il peut au pays, à la ville, à l'université.  Mais c'est un homme qui a du vécu, qui a une histoire.  On sent qu'il respire encore le génocide vécu dans son pays.  On voit très bien toutes les cicatrices dans ses yeux.  Pourtant, son âme brille et s'émerveille devant notre assurance qui n'a pas été endommagée par la stupidité humaine.  Nous avons vite compris qu'un ancien jésuite et l'alcool ne font pas un beau mélange. Quelques filles du département nous ont dit que Michel n'était plus aussi doux d'approche quand il buvait.

Enfin, le printemps arrive.  Michel nous annonce à tous qu'il va se marier cet été et qu'il a lui même préparé tout le nécessaire pour sa future épouse.  Le rêve pour toute nouvelle mariée.  Il est bien connu que la première chose reprochée par ces futures mariées est le manque d'intérêt du futur marié.
Donc, Michel va se marier dans quelques mois.  On le félicite, on est heureux pour lui.  Il nous explique qu'il est coutume de faire des mariages arrangés dans son pays.  Il a accepté de faire cela car il est difficile pour lui de prendre contact avec les femmes qui vient de rencontrer.  Alors, on lui pose des millions de questions sur tout le processus de mariage : la demande, les préparatifs, le déroulement, tout quoi.  Il nous répond à toutes nos questions sauf une : "Comment s'appelle ta fiancée?"  Michel ne veut pas répondre.  Je lui dis qu'il peut nous dire son prénom puisqu'on ne l'a connait pas.  Refus total.  Intriguant!

Quelques heures plus tard, Andy (lui, c'est une longue histoire pathétique) et moi voyons Michel seul au café.  Nous voulons vraiment savoir qui est sa fiancée.  On lui repose la question sans cesse, vraiment sans cesse: "C'est qui?  C'est qui?  C'est qui"  Vous voyez le topo.  Au bout de 30 minutes, il me regarde et il dit : "C'est toi!"  La blague n'est pas drôle mais je souris.  Je lui réponds : "C'est ton droit de ne pas nous dire le nom de ta fiancée mais on est juste curieux.
-C'est vraiment toi
-O.k. je vais arrêter de t'emmerder avec ça mais sommes-nous tous invités au mariage?
-Oui, tout le monde est invité.
-Dis-nous quand et on sera là.
-Vous êtes vraiment gentils avec moi."
Je suis restée sur ma faim.  Peut-être qu'elle n'est pas présentable?  Peut-être il ne connait pas son nom?

Mes cours sont terminés pour la journée.  Je retourne au café, tout le monde est là, même Michel.  Un jeune homme lui repose la question sur l'identité de sa fiancée.
"Mais je l'ai dit.
-Moi? dis-je sur un ton inquiet.
-Oui, toi.  Je ne rigolais pas toute à l'heure.  Je vais me marier avec toi l'été prochain.
-Michel, il faut qu'on se parle.  Maintenant!"

Avec toute la gentillesse du monde, je lui explique que ce mariage n'est pas possible.  Je vois 2 points d'interrogation dans ses yeux noirs.  Donc, je lui dis doucement comme à un enfant : "Michel, est-ce qu'on a eu un rendez-vous ensemble?
-Non.
-Une sortie quelconque?
-Non.
-M'as-tu demandé en mariage?
-Non.
-Tu vois, ce n'est pas possible.  Tu ne m'intéresses pas comme ça et, si tu m'avais demandé de t'épouser, j'aurais refusé.  (Il faut dire que je pense à ma mère qui m'aurait tuée sur place, ce aurait été une bonne chose).
-Mais on a les mêmes croyances, tu es jolie, intelligente, noire, tu veux des enfants.  C'est toi qu'il me faut.
-Je suis touchée, vraiment.  Mais...  non.  Tu comprends?  Amis?  Bon,..."

Michel n'a plus reparlé de ce "mariage" pour le restant de la session.  On a continué à se parler.  On fait même nos travaux informatiques ensemble.  Il appelle à la maison (ce qui fait paniquer ma mère car elle n'aime pas son ton de voix; elle demande de faire attention avec cet homme).  Tout va bien quoi.

La session se termine, c'est enfin l'été.  Je retourne à l'université car je n'ai pas encore l'internet à la maison. Qui vois-je au loin?  Michel.  Il semble être en forme.  Il me salue.  Il me remercie car nos travaux d'informatique lui a permis d'avoir une belle note.  Je lui demande ses projets pour l'été et il me dit : "La communauté rwandaise de Montréal m'organise un mariage arrangé.  Je me marie dans 3 semaines.
-Félicitation, dis-je avec un sourire.
-Disons qu'ils étaient découragés de mes derniers préparatifs que j'ai dû annuler.
-Mais pourquoi?
-PARCE QUE TU AS REFUSÉ DE ME MARIER!!!  J'ai dû tout annuler, mais tout.  La communauté n'a pas voulu prendre de chance cette fois-ci.
(Il y a une partie de mon cerveau qui me dit que je devrais fuir, partir, prendre la clé des champs, faire un sprint, de quitter les lieux, me sauver, disparaitre à tout jamais, aller au loin et ne plus revenir, sacrer mon camps quoi.)
-Mais je t'ai tout expliqué Michel, dis-je avec gentillesse (un jour, je vais comprendre que la gentillesse ne résous pas tout.  Un jour car je n'ai pas encore compris.  Mais un jour.)
-Tu peux changer d'idée si tu veux.
(à ce moment, j'ai eu peur.  Pas avant, mais à ce moment précis)
-Merci mais non (joual vert, un jour je vais comprendre).  Je dois aller à la salle d'info (je suis sûre que je suis blême, même pâlotte).  On se revoit bientôt.
-Passe un bel été.

Bizarrement, je marche plus rapidement que d'habitude.  Mais non, je cours.  Bizarre, non?


Je n'ai jamais revu Michel.  Jamais. 



À la nouvelle session, je ne suis plus dans le département, plus dans la même université, ni dans la même ville.

vendredi 17 décembre 2010

Il ne faut pas voler de l'eau bénite!

Faites-vous encore des sorties avec vos parents?  Je veux dire par là des sorties pendant un après-midi à faire les choses ennuyantes (pour pas dire "plates") pour faire plaisir à votre mère ou à votre père.  Ça m'arrive encore...
Une des plus mémorables est ma dernière visite à l'Oratoire St-Joseph il y a 9 ans.  Nous avions l'habitude d'y aller mais avec les membres de la famille venant d'ailleurs.  Je n'ai rien contre l'Oratoire mais quand tu l'as vu une fois tu sais à quoi va ressembler ta 75e visite.
Bon, je suis à l'Oratoire avec ma mère dans la grande Chapelle.  Il y a une messe, donc on chuchote.  Je la vois fouiller dans son sac-à-main ( qui a 2 fois sa largeur) et elle sort des petits flacons.  Vous connaissez ce genre de flacon.  Bien oui...  Les mêmes qu'utilisent les pharmaciens.  Mais vide, sans pilules et sans papier.  Donc, elle les sort et m'en donne quelques-uns.  Je lui demande poliment et en chuchotant : "Pour quoi faire?"  Elle me regarde (et je déteste ce regard de mauvais coup) et elle dit : "c'est pour prendre de l'eau bénite".  Oui, je le sais, on peut en acheter mais pas pour ma mère.  Elle est prête à tout pour économiser des sous et en plus, l'eau est là gratuitement. 
Je refuse d'y aller!
Elle y va et elle remplis 3 flacons.
La honte!
Je surveille si quelqu'un l'a vu.  Tout le monde est concentré sur les paroles du prêtre.
Elle revient, fière de son mauvais coup, sourire aux lèvres.
La honte, encore!
"C'est à ton tour.
-Euh...  pour faire ça?  Comme toi!"
Et elle me lance ce regard maternel qui veut tout dire.  Vous savez, le regard qui tue!
Donc, j'y vais.  Je regarde le plancher.  Je m'approche du lieu du crime avec mes petits flacons.  Et, BANG!

(J'ai oublié de vous dire que ma très chère mère est un petit format, vraiment petit.  Vous connaissez l'expression "dans les petits pots, les meilleurs onguents", c'est ma mère.  Petite, haïtienne, elle a en dedans, elle ne comprend pas la signification de "non" quand tu le dis mais elle le dit souvent et tu es mieux de comprendre ce mot rapidement.  Merci pour vos messages de sympathies.) 

BANG! 
Au dessus de l'eau bénite, il y avait une pancarte métallique.  Comme ma mère est petite, elle n'avait pas remarqué ce panneau qui réclamait le silence.  Ma tête contre le métal a fait un bruit qui a résonné dans toute la chapelle.  J'ai dit un beau JOUAL VERT dans ma tête.  J'ai mis de l'eau sur mon front pour diversion et j'ai rempli les autres flacons pour ma...   mère.  J'ai remis tout ça à ma mère et j'ai exigé notre départ.  Nous sommes repartis; moi, honteuse avec mon bleu sur le front et ma mère, fière d'avoir pris de l'eau.

Croyez-vous vraiment que l'histoire s'arrête là?  Vous êtes encore pur.  C'est magnifique, mais pas pour longtemps.

Nous partons rejoindre mon amoureux de l'époque (tellement d'histoire à raconter avec cet homme) qui habite à quelques pas de la Cathédrale Notre-Dame.  Nous sommes tous les 3 au coin de la rue, je refuse de rentrer dans cette église car, assez c'est assez et j'ai faim.  Nous mangeons dans un petit bristo sur la rue Notre-Dame.  Malgré mon pruneau, tout va bien.  ERREUR! 
Nous voyons au loin notre ami Tonton Michel (un québécois né à Paris d'origine russe, vous avez compris).  Il vient manger avec nous.  Grande gueule et curieux, il demande à ma mère de raconter sa journée.  Par ma grande surprise, elle raconte tout.  Tout.  Même l'origine de mon pruneau.  Il a osé rire de ma mère.  Michel a peur de rien. 
La honte!  Je sens déjà la souffrance que je vais ressentir lors de mon retour à la maison.  Pitié!!!

Michel demande à ma mère les preuves à conviction.  Ma mère qui a honte de rien sort tous les flacons.  Mais il y a quelque chose qui cloche...   Rien dans les flacons.  RIEN.  Prise de panique, je demande à ma mère de retirer tout son contenu dans son sac.  Tout ses effets personnels sont sur la table du resto.  Tout est sec.  TOUT.  Aucun signe d'humidité nulle part.  On se regarde tous avec des yeux remplis de point d'interrogation. 
Ma mère remet tout son contenu dans son énorme sac.  Michel la regarde comme père autoritaire regarde sa fille et dit :"Vous êtes punie d'avoir volé l'eau bénite.  Dieu l'a récupérée."  Et il part à rire.
Ma mère décide de repartir à la maison.  Je la comprends.  Je l'embrasse et je lui demande d'être prudente et de tuer personne.  L'amoureux la salue.  Elle dit "au revoir"  à Michel qui lui répond : "je comprends que vous partez.  On va les laisser "baiser" tranquille".  Il rajoute son rire démoniaque.

HONTE SUR MOI!

Je reste avec l'amoureux.  J'ai la honte, un pruneau sur le front et je n'ai laissé personne me toucher.

Joual vert.

P.S. En passant, ma mère ne vole plus de cette eau depuis ce jour, elle l'achète....   au galon.

jeudi 16 décembre 2010

le premier jour de mon blog

Yep, c'est décidé!  J'ai mon aussi un blog pour faire comme tout le monde.  Je ne sais pas s'il y aura des gens qui le liront mais je vais faire en sorte de vous divertir.